La baisse des salaires inquiète les syndicats européens

Alors que l’Europe peine à se remettre de la crise économique, l’écart entre les riches et « les autres » se creuse, selon la Confédération européenne des syndicats. La Confédération européenne des syndicats (CES) veut voir les salaires augmenter. Elle a lancé, le 14 février, une campagne en ce sens, pour orienter l’économie dans la bonne direction au lendemain de la crise

« Les salaires sont bas et n’évoluent pas », a regretté à l’occasion de cet événement Ronald Janssen, conseiller en matière de politiques économiques auprès de la Commission syndicale consultative (CSC).

Plusieurs représentants syndicaux ont fait remarquer que nombre de citoyens vivant dans la rue ont en réalité un travail, mais que leur salaire s’avère trop faible pour leur permettre de vivre dans des conditions décentes.

« Les salaires se sont effondrés au cours des dix dernières années: ils n’ont pas diminués, ils se sont effondrés! » a martelé le secrétaire général du CES, Luca Visentini.

>> Lire : Le Parlement en faveur du salaire minimum pour toute l’UE

D’après la secrétaire confédérale de la CES, Esther Lynch, la négociation collective reste le meilleur moyen d’atteindre des niveaux de salaires raisonnables. « Cette réalité doit se refléter dans les politiques de l’UE et de ses États membres, ainsi que dans une nouvelle série de négociations collectives tant attendues », a-t-elle ajouté.

« Je suis convaincu que la négociation collective demeure la principale question à considérer à l’heure actuelle », a également indiqué le président de la Confédération des syndicats indépendants en Bulgarie (CITUB), Plamen Dimitrov.

D’après Christian Wigand, porte-parole de la Commission européenne, l’UE n’a toutefois pas de compétence exclusive pour légiférer sur la rémunération ou sur la mise en place d’une réglementation sur la fixation des salaires. « Il revient aux partenaires sociaux et aux autorités de chaque État membre de prendre les décisions nécessaires à ce sujet », a-t-il rappelé.

>> Lire : Les disparités de salaires en Europe demeurent criantes

Le porte-parole a cependant ajouté que la Commission avait émis des recommandations sur l’évolution des salaires visant à davantage indexer ceux-ci sur la productivité. « L’emploi et la croissance sont évidemment au cœur des préoccupations de la Commission », a-t-il assuré. « Dans le cadre de ses travaux sur la gouvernance économique, la Commission se concentre sur le triangle vertueux consistant à stimuler les investissements, poursuivre des réformes structurelles et garantir des finances publiques responsables. »

L’effondrement des salaires a provoqué une baisse considérable de la demande, un cercle vicieux aux conséquences des plus néfastes pour l’économie européenne. « Les travailleurs européens ont besoin de salaires plus élevés pour soutenir la relance économique, favoriser la stabilité des prix et promouvoir une répartition équitable du profit », a continué Ronald Janssen.

Cependant, d’après le maire d’Oslo, Raymond Johansen, un modèle unique ne serait pas adapté à la diversité culturelle d’un continent aussi vaste que l’Europe. « Le marché économique est un excellent outil », a-t-il souligné. Selon lui, le recours aux avantages fiscaux pourrait aider à stabiliser les prix.

Nicolas Schmit, ministre luxembourgeois du Travail, de l’Emploi et de l’Économie sociale et solidaire, a indiqué que les mesures prises par le CES à ce sujet étaient « absolument nécessaires ». « Nous devons avoir une discussion sérieuse avec tous ceux qui se considèrent progressistes », a-t-il précisé. « L’Allemagne est en partie responsable de ces perturbations au sein de l’Union monétaire. »

« Pourquoi l’Europe a-t-elle besoin d’une augmentation salariale? Parce que nous le méritons tous, sans exception », a conclu Plamen Dimitrov.

>> Lire : Juncker pour un salaire minimum dans tous les États de l’UE

Publié dans EuropAgora | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

L’affaire Fillon ou la destitution de la Ve République par Christian Salmon

 L’affaire Fillon est un naufrage. Le naufrage d’un homme et le naufrage d’un système politique auquel il appartient depuis 35 ans. Car aujourd’hui, l’élection au suffrage universel ne suffit plus à donner la légitimité pour gouverner.

L’affaire Fillon n’est pas le premier scandale qui ait fait vaciller une candidature présidentielle sous la Ve République. On serait même tenté de dire que c’est un classique. Georges Pompidou et l’affaire Markovic, Jacques Chaban-Delmas et sa feuille d’impôt, Valéry Giscard d’Estaing et les diamants de Bokassa, Jacques Chirac et les emplois fictifs de la mairie de Paris. Dernière en date, l’affaire du Sofitel de New York qui emporta la candidature de Dominique Strauss-Khan à l’élection présidentielle de 2012 et ouvrit la voie de l’Élysée à François Hollande. Quant à Nicolas Sarkozy, ce n’est pas une mais plusieurs affaires qui alimentent la chronique politico-judiciaire depuis son élection en 2007. Et ce n’est pas un destin élyséen que l’affaire Cahuzac a discrédité, c’est tout le quinquennat de François Hollande. « Ce n’est pas qu’elles se dégonflent, disait Jacques Chirac, elles font “pschitt” » ; c’est souvent vrai, mais il arrive aussi qu’on ne s’en relève pas.

L’affaire Fillon est un naufrage. Le naufrage d’un homme, le naufrage d’un système politique auquel il appartient depuis 35 ans et dont il a épousé toutes les versions, du séguinisme au sarkozysme, et du gaullisme social au libéralisme décomplexé. C’est enfin un nouvel épisode d’un naufrage aux conséquences imprévisibles, celui de la Ve République.

Naufrage personnel tout d’abord. Les révélations du Canard enchaîné ont frappé en plein cœur le récit du candidat, un récit qui relevait d’un registre plus moral que politique et qui invitait au redressement national par le travail et au prix de sacrifices. Fillon proposait aux Français une véritable cure d’« austérité » qu’ils étaient sommés d’accepter au nom de l’« exemplarité » de son auteur. Fillon promettait de retrouver le chemin de l’authenticité, au prix d’une rupture avec les illusions du bling-bling sarkozyste comme avec les mirages de l’identité heureuse d’Alain Juppé. Avec lui, le pays allait retrouver des horaires de travail décent, des écoliers en uniforme et, en prime, la messe du dimanche. Et avec son profil de notable de province, son épouse au foyer, ses cinq enfants et son manoir de Beaucé, Fillon avait un certain crédit. Il pouvait même claironner le triptyque « travail, famille, patrie » sans que personne ne songe à l’accuser de pétainisme subliminal. Gaulliste il était, gaulliste il restait. Sa probité personnelle était indexée à celle du Général, qui remboursait ses factures d’électricité. La statue du commandeur Séguin tenant lieu de témoin de moralité.

Les campagnes électorales aujourd’hui ne reposent plus seulement sur des contenus idéologiques ou des programmes, mais sur des performances théâtrales et des productions symboliques. Elles se déroulent à la frontière du public et de l’intime, de la politique et de la morale. Dans ce contexte, les affaires constituent l’événement perturbateur, le coup de théâtre indispensable à la tension dramaturgique. Ce sont la tension narrative, l’identification symbolique, les métaphores (et la façon dont elles sont interprétées dans le flux des événements) qui déterminent le vainqueur d’une élection et non pas son programme.

Avec l’affaire Fillon, l’élection présidentielle est entrée dans une zone de turbulences aux conséquences imprévisibles. Emmanuel Macron l’a bien compris, qui vient de déclarer au JDD : « C’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne. La politique, c’est mystique. C’est tout mon combat. » Au risque de l’extinction de voix. Ou de la démystification, comme dans le cas Fillon.

La mystique macronienne, c’est un peu plus qu’un récit de vie. Cela met en jeu des actes de langage, mais aussi des moyens de production symbolique, une théâtralité, des effets de cadrage (photographique, syntaxique, sémantique). Enfin, pas de mystique sans la réverbération des discours dans la médiasphère, leur appropriation par les réseaux sociaux. Thomas Mann considérait la vie dans le mythe comme une « vie en citations », définition qui prend avec Internet une signification nouvelle : désormais, le grand mythographe, c’est Google. Nos dieux profanes, qu’ils soient sportifs, mannequins ou présidents, naviguent sur le Web. C’est lui qui hiérarchise les divinités et dresse la carte de leurs navigations. Il y faut de l’inédit et de la répétition. Jeanne d’Arc et Uber. Le Puy du Fou et les nanotechnologies. Pas de performance qui ne s’avance codée, cryptée, drapée de précédents. Pas même de campagne électorale sans que l’on convoque les grands anciens, un récit des origines. Pas d’élection qui ne soit un revival. C’est cette réécriture, cette répétition, cette trace qui donne à l’inédit son « aura » spectrale, sa troisième dimension.

Ce qui fait le succès d’une campagne, ce n’est pas une image ou une « histoire », c’est une performance complexe, entre rituel et stratégie, capable tout à la fois de se connecter avec l’électeur, de focaliser le débat, de contrôler l’agenda, d’imposer une ligne narrative, de créer son propre réseau de diffusion virale. La feuilletonisation de la vie politique que dénonce François Fillon appartient en partie déjà au passé, à l’âge télévisuel où il y avait encore une audience pour chaque épisode. Aujourd’hui, la communication politique est dominée par l’exigence de la vitesse. Les enchaînements narratifs se transforment en engrenages de coups d’éclat et d’effets de surprise. Inutile d’essayer de dérouler un récit au long cours lorsqu’une information peut surgir à tout instant et venir bouleverser la séquence en cours.

Le carré magique

C’est le croisement de ces effets qui explique le succès ou l’échec d’une campagne électorale. Ce que j’avais appelé, au moment de la campagne d’Obama, le carré magique de la communication politique. Premier côté du carré : Raconter une histoire capable de constituer l’identité narrative du candidat en résonance avec l’histoire collective (storytelling). Deuxième côté : Inscrire l’histoire dans le temps de la campagne, gérer les rythmes, la tension narrative (timing). Troisième côté : Cadrer le message idéologique du candidat (framing) et imposer un « registre de langage cohérent » en « créant des métaphores ». Quatrième côté : Créer son réseau sur Internet et sur le terrain, c’est-à-dire un environnement hybride et contagieux susceptible de capter l’attention et de structurer l’audience du candidat (networking).

Le carré magique n’est pas une recette, c’est un schéma qui désigne des enjeux stratégiques, les conditions de réussite ou d’échec d’une performance collective. Chaque côté du carré magique est un champ de bataille. De ce point de vue, l’affaire Fillon est un cas d’école : les quatre côtés du carré magique ont été enfoncés par l’affaire et ses rebondissements.

Les scénaristes de série télévisée ne s’y sont pas trompés. « On est presque dans une pièce de Shakespeare », explique l’un deux. Surnommé sur Twitter « House of Sarthe » en référence à la série House of Cards, on a comparé l’affaire Fillon à Downton AbbeyGame of Thrones ou encore Borgen. Le timing des révélations du Canardétait presque parfait. L’emploi présumé de l’épouse et des enfants de Fillon, la ristourne sénatoriale et ses éventuels conflits d’intérêts n’intéressaient personne tant qu’il n’était pas le vainqueur annoncé de la présidentielle. À trois mois de l’élection, il devenait vulnérable, à portée du soupçon et de l’opprobre. C’était le moment idéal pour un coup de théâtre.

Le Fillon presbytéral, qui promettait aux Français un long carême contre la rémission de leurs péchés, s’est trouvé renvoyé à ses propres faiblesses. Goût du luxe, voitures de sport, costumes sur mesure et mocassins à glands. Celui qui promettait du sang et des larmes et fustigeait les assistés était beaucoup moins sourcilleux quand il s’agissait de ses propres deniers : soupçons d’emplois fictifs, ristourne sénatoriale, conflits d’intérêts… « Je suis un homme, pas un saint ! » protestait le pécheur comme à confesse… mais c’était déjà trop tard. Il eût fallu le dire avant. Ou, à tout le moins, ne pas jouer les saintes-nitouches. Avec moins de trémolos dans la voix et un peu plus de modestie. Maintenant le mal est fait. L’icône est à terre, l’identité narrative du candidat en miettes.

Les électeurs de la primaire de la droite et du centre croyaient avoir choisi l’anti-bling-bling de la droite, tourné la page du Fouquet’s et du rapport décomplexé de Sarkozy à l’argent. Un président intègre, raide comme la justice ne saurait faire de mal dans une période de crise. Les révélations du Canard enchaîné, confortées par celles d’« Envoyé spécial » et de Mediapart, ont mis à mal l’image d’intégrité de celui qui avait fait de sa foi chrétienne un gage de probité. « Ces révélations ont instillé le doute en nous, reconnaissent deux électeurs des Hauts-de-Seine interrogés par le journal La Croix. Il est peut-être dans le droit, mais pas dans l’exemplarité. »Contraint de passer au confessionnal, il feignait de s’excuser tout en criant au complot : « On veut me mettre à genoux ! » Sans doute, comme le dit la sociologue Monique Pinçon-Charlot, « il existe chez François Fillon un sentiment d’impunité sincère car ce n’est pas l’impunité d’un homme mais celle de toute une classe. Ce sentiment se construit dans l’entre-soi des puissants, qui vivent dans une bulle ». Ce qui nous ramène à la politique.

Élu plus jeune député de l’Assemblée à 26 ans, sénateur-maire, plusieurs fois ministre, premier ministre pendant cinq ans, François Fillon n’est pas un perdreau de l’année. C’est un apparatchik qui a bénéficié des largesses de la République pendant 35 ans. Son discrédit atteint toute la classe politique. « Jamais dans l’histoire de la République, a déclaré François Bayrou, sur France 2, un candidat aux plus hautes fonctions, à la présidence de la République, n’a été ainsi sous l’influence des puissances d’argent. »

L’après-Hollande s’est démultiplié, nous sommes dans l’après-Juppé, l’après-Sarkozy, l’après-Valls, et maintenant l’après-Fillon… Marine Le Pen elle-même ne se sent pas très bien, craignant de glisser dans un “après” prénommé Marion. Trois générations dégringolent les escaliers du pouvoir. Avec l’exténuation de la sphère politique, rappelait Jean Baudrillard, le président devient de plus en plus semblable à ce “Mannequin du pouvoir” qu’est, selon Pierre Clastres, le chef dans les sociétés primitives. Loin d’être magnifié par la fonction, il apparaît désormais écrasé par elle, humilié, infériorisé, soumis à des rituels désuets, contraints de jouer les présidents, de « faire président » sans en avoir les moyens. Faute de puissance d’agir, de résolution et d’action (le state craft), il reste la mise en scène du pouvoir (le stage craft) : c’est le côté spectral, et pas seulement spectaculaire, de l’exercice du pouvoir.

Le pouvoir impersonnel

Loin d’exercer une fonction d’autorité, nos mannequins du pouvoir sont condamnés à donner des signes aux fractions éclatées d’un électorat volatil, mais aussi aux faiseurs d’opinion et à tous ceux qui peuvent donner du crédit ou de la popularité à un pouvoir discrédité ; sondages, agences de notation, éditorialistes… Une politique qui consiste à adresser à l’opinion des signes d’optimisme en pleine crise de la confiance, des signes de volontarisme en situation d’insouveraineté, des signes de sérieux et de rigueur à l’intention des marchés. Chaque ministre est chargé non plus d’un domaine de compétences et d’une autorité régalienne, mais d’un portefeuille de signes. « Comment se construit le pouvoir charismatique ? C’est un mélange de choses sensibles et de choses intellectuelles. » (Macron encore)

Mais cela ne trompe plus personne.

Depuis Le Coup d’État permanent de François Mitterrand, les opposants à la Ve République ont constamment dénoncé son caractère monarchique, le rôle et la place d’un président élu au suffrage universel, érigé au sommet de la pyramide du pouvoir, qui décide de tout et qui est, pendant la durée de son mandat, le maître du temps politique. C’est la critique du pouvoir personnel. Mais c’est un pouvoir impersonnel qui gouverne aujourd’hui : les marchés, les agences de notation, les organisations transnationales… L’homme réputé le plus puissant de la nation est un homme qui doit négocier ses marges de manœuvre avec la Commission à Bruxelles ou la chancellerie à Berlin. Depuis le traité de Maastricht et l’acte unique européen, c’est un souverain sans monnaie ni frontières. À l’abri de l’élection présidentielle, qui accrédite tous les cinq ans le mythe d’une nation souveraine et dope l’illusion d’un choix collectif, c’est “un gouvernement d’affaires courantes” qui se poursuit entre les élections. L’essentiel se joue ailleurs. C’est pourquoi le régime présidentiel court à sa perte…

L’élection au suffrage universel ne suffit plus à donner la légitimité pour gouverner, elle apparaît comme une étape de plus dans la spirale du discrédit qui ronge nos institutions démocratiques. Le suffrage universel, clé de voûte de la Cinquième République, ne fait plus recette auprès des électeurs. Les Français l’utilisent de plus en plus comme un droit de veto plutôt que comme le fondement d’une légitimité. C’est l’essence du vote antisystème. On n’élit plus, on élimine… Sarkozy fut élu sur la rupture (avec Chirac), Hollande pour en finir avec Sarkozy. Les primaires ne font qu’accélérer le mouvement. Après Hollande, empêché de se représenter, Sarkozy fut sèchement congédié, Juppé et Valls éliminés. Car il ne suffit pas de sanctionner les anciens, il faut aussi faire mentir les sondages. Les primaires organisées pour relégitimer les partis fonctionnent à rebours. Elles ont fonctionné comme une guillotine électorale, éliminant un à un les leaders des partis et les favoris des sondages. L’électeur stratège se comportant en parieur averti, qui mise à la baisse comme s’il avait davantage à gagner au discrédit des favoris qu’à l’espoir d’une alternance tant de fois déçue. On peine à discerner une logique positive à l’œuvre dans la succession d’événements qui marquent le processus électoral en cours. Le discrédit est si puissant, sa vague est si haute, que les candidats n’ont d’autre choix que de surfer sur elle, de se mettre de son côté, dénonçant le système, promettant la rupture, affichant leurs transgressions.

Le général de Gaulle avait opté pour un régime présidentiel dans le but de restaurer l’autorité de l’État, minée de l’intérieur par « le régime des partis ». Mais la Ve République s’est accommodée du régime des partis. Le président de la République n’est plus un obstacle à leur influence dissolvante. Bien au contraire ! En leur sein, la bataille pour l’élection présidentielle ne s’interrompt jamais. Ils sont devenus des appareils partisans, des machines financières et des écuries militantes pour la conquête du pouvoir. La crise de régime de la politique a mis à mal une idée chère à notre histoire de France récente : l’alternance. Les Français n’y croient plus. L’action est perçue comme illégitime ou inefficace et la parole politique a perdu toute crédibilité.

La médiasphère, avec ses talk-shows et ses réseaux sociaux, sa dramaturgie, son rythme 24/7, ses commentateurs, ses communicants, ses groupes de riposte et ses community managers, constitue le théâtre de la souveraineté perdue. Les hommes de l’État insouverain y sont convoqués non plus comme les souverains d’antan en majesté, mais comme des imposteurs exposés à la vindicte publique. Ils sont en permanence soumis à un processus de vérification et à une obligation de performance. L’insouveraineté se manifeste jusque dans les épisodes de leur vie intime… L’homo politicus que nous connaissons depuis deux siècles est voué à disparaître. Il cherche sa voie ailleurs, à l’aveugle, dans cette zone grise où la politique perd ses droits.

Trois ans avant la chute de la IVe République, le président de la République René Coty avait chargé Jacques Chaban-Delmas d’un message à l’intention du général de Gaulle : « Je constate comme vous, que la France est ingouvernable dans les conditions actuelles, autrement dit, que les institutions ne peuvent rester en l’état…Voulez-vous faire savoir au général de Gaulle que je le tiens pour le seul homme capable de tirer la France de ce marasme ? Dites-lui que si une crise se présente, je ne manquerai pas de m’engager à fond en faisant appel à lui pour former le gouvernement, dans le cadre de nos institutions, afin précisément de changer celles-ci. » Il ajoutait qu’il était prêt à s’effacer pour que le grand homme ne soit pas « gêné par la présence, à la table du Conseil des ministres, d’une autorité juridiquement supérieure à la sienne – lui qui détient de fait la plus haute autorité morale qui soit dans le pays ».

La IVe République agonisait dans le jeu de chaises musicales des gouvernements successifs. La Cinquième République y remédia au prix d’une personnalisation extrême du pouvoir exécutif, légitimée par l’élection du président de la République au suffrage universel. Six décennies passèrent… le souvenir du général de Gaulle conservant bon an mal an à la fonction le prestige de la « plus haute autorité morale qui soit dans le pays ».

Si je rappelle ces circonstances, c’est qu’il semble bien que la Ve République, au terme d’une révolution complète, soit revenue à son point de départ, à savoir la question que René Coty posait au général de Gaulle : comment « former [un] gouvernement, dans le cadre des institutions [existantes], afin précisément de changer celles-ci » ? C’est le problème qui se pose au pays.

Le discrédit est une chose instable et invisible à l’œil nu. Il se répand comme un gaz et il corrompt les sociétés avant même qu’une personnalité charismatique ne s’en empare et ne transforme ce gaz insaisissable en force matérielle. Ainsi de tous les fascismes. Ainsi du mouvement qui a porté Trump au pouvoir. Une chose est sûre : lorsque le discrédit prend le pouvoir, il est bien difficile de l’arrêter et de faire rentrer le diable dans sa boîte.

Une course-poursuite est engagée entre la politique institutionnelle, qui sert de masque aux vrais pouvoirs dominant le monde, et les citoyens qui s’en détournent en se réappropriant les termes, les lieux, les formes du débat public. D’un côté, une classe politique à bout de souffle, absentéiste, dévitalisée, soucieuse uniquement de sa survie ; de l’autre, des citoyens qui par leurs initiatives, leurs luttes et leurs colères assemblées provoquent un vaste mouvement de “destitution” de la politique institutionnelle.

Publié dans EuropAgora | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

La corruption, c’est le vol

Les Islandais, les Brésiliens ou les Sud-Coréens hier, les Roumains aujourd’hui, ont des raisons de se révolter. A leur manière, les électeurs français et américains ne disent pas autre chose. Il n’y a pas de petite ou de grande corruption : la corruption, c’est le vol. C’est le message adressé par les centaines de milliers de Roumains qui sont descendus dans la rue cette semaine. Ils ne décolèrent pas depuis que leur gouvernement a décidé d’abaisser à 44 000 euros le montant à partir duquel la corruption devient punissable d’une peine de prison. Au-dessous, c’est moins grave.

Cela tombe bien, justement, le chef du Parti social-démocrate au pouvoir (PSD), Liviu Dragnea, est poursuivi pour une affaire d’emplois fictifs qui ne lui a rapporté « que » 24 000 euros. Une bagatelle. Les geôles, très peu pour lui.

La ficelle est énorme, mais ce qui est intéressant, c’est qu’elle ne passe plus. La corruption a la vie dure : sortez-la par la porte, elle revient par la fenêtre, comme en Roumanie.

En ouvrant les frontières et en favorisant la circulation des capitaux, la mondialisation lui a offert de nouveaux horizons. Délocalisée, relocalisée, offshore ou onshore, nationale ou multinationale, elle sait identifier les modèles innovants.

Révoltes citoyennes

La mondialisation, heureusement, n’a pas que des défauts : elle a aussi ouvert les horizons des classes moyennes de tous les pays. Plus nombreuses et plus puissantes, elles ont compris que ce vol organisé par les dépositaires du pouvoir non seulement soustrait des revenus aux gens honnêtes et à l’économie mais, par son mode de fonctionnement, mine la démocratie et la confiance politique.

D’où les révoltes citoyennes massives qui éclatent régulièrement, hier au Brésil, avant-hier dans le monde arabe, aujourd’hui en Roumanie ou en Corée du Sud.

La lutte contre la corruption peut avoir des effets pervers, surtout lorsque la « révolte » vient d’en haut. En Chine, où les masses n’ont pas forcément la possibilité de s’exprimer dans la rue à moins d’y être invitées, la lutte contre la corruption, déclenchée à une échelle sans précédent par le président Xi Jinping, lui a servi de levier pour renforcer son pouvoir personnel sur le Parti communiste (PCC) et l’appareil d’Etat.

En Russie, elle est utilisée à l’occasion comme outil de répression à l’égard des gêneurs ou des rivaux potentiels. En Ukraine, les jeunes réformateurs s’épuisent à la combattre face à un système qui résiste beaucoup mieux sur ce terrain-là qu’il n’a résisté à la révolte des masses du Maïdan.

Relire les « Panama papers »

Si vous pensez que la corruption est un mal propre aux pays émergents ou en développement, détrompez-vous. Relisez les « Panama papers », qui ont coûté son poste au premier ministre islandais. Allez faire un tour sur le site de l’ONG Transparency International, dont le dernier index annuel sur la perception de la corruption par pays, publié le 25 janvier pour l’année 2016, montre que, dans le monde développé, hormis les toujours exemplaires Danemark et Nouvelle-Zélande, beaucoup de progrès restent à faire.

La France n’est que 23e sur 176 : le « Penelopegate », dernier avatar du thème trop familier des emplois fictifs, sorte de feuille de vigne qui permet d’éviter le gros mot de « corruption », est en train d’y faire dérailler la campagne électorale présidentielle et la présidente du Front national, Marine Le Pen, se fait épingler par le Parlement européen. Les Etats-Unis occupent péniblement la 18e place.

Signe des temps cette année, les chercheurs de Transparency International se sont penchés sur les liens entre populisme, malaise socio-économique et lutte anticorruption. Ils se situent dans l’ère Trump, celle d’un président des Etats-Unis élu après avoir fait campagne contre les « élites corrompues » pour battre son adversaire « Hillary la pourrie ». Dans son discours d’investiture, le nouveau président a promis de placer « les intérêts des citoyens au-dessus des puissants intérêts particuliers de Washington ».

Donald Trump a fait mouche : la crise financière est passée par là. Aux Etats-Unis, les classes moyennes ne sont pas descendues dans la rue, elles ont simplement fait usage du bulletin de vote pour s’insurger. Faut-il donc s’attendre à un grand coup de balai contre les lobbies de tout poil, à une version yankee du « lava jato »brésilien (« lavage express ») qui a essoré tant de politiques, finissant par entraîner la chute de la présidente Dilma Rousseff elle-même ?

Mouvement dévastateur

Si l’on en croit l’étude de Transparency International, inutile de retenir son souffle. Le bilan des dirigeants populistes en matière de lutte contre la corruption est « désastreux » : « Ils se servent du message sur la corruption facteur d’inégalités pour amasser du soutien, mais n’ont nullement l’intention de s’y attaquer sérieusement. »

Les premières mesures prises par le président Trump tendent à confirmer cette analyse. Il n’a fait aucune concession sur ses avoirs personnels, n’a jamais rendu publique sa situation fiscale, a refusé de se séparer de ses biens commerciaux, se contentant d’en confier la gestion à ses fils. A la Maison Blanche, il travaille avec sa fille et son gendre. Le Congrès des Etats-Unis est, lui, en train d’abroger un texte, la loi Cardin-Lugar, qui contraignait les compagnies pétrolières à déclarer les paiements et avantages qu’elles versaient aux gouvernements étrangers en échange du droit d’extraire leurs ressources naturelles.

Sur les questions d’éthique, les classes moyennes américaine et française ne sont pas fondamentalement différentes des classes moyennes roumaine ou islandaise. Un jour ou l’autre, elles constateront aussi que la corruption, c’est le vol.

Que ce qui n’est pas forcément illégal, comme cette étrange habitude d’employer les membres de sa famille dans ce qui est tout sauf une entreprise familiale, n’est pas bien. Que ceux qui promettaient de les protéger les ont trompées. Et à leur tour, pour n’avoir pas pris la mesure de la défiance qu’ils ont ainsi créée au sein de l’électorat, leurs dirigeants seront la cible de ce mouvement dévastateur, le « dégagisme ».

Par Sylvie Kauffmann

P.S : depuis le gouvernement roumain à retiré son projet sur la pression populaire…

Publié dans EuropAgora | Laisser un commentaire

Attali : l’Europe est une première puissance mondiale qui s’ignore

Les autres puissances mondiales seraient ravies de voir l’UE se morceler, assure Jacques Attali, qui estime que, pour éviter la catastrophe, il faudrait mettre en place une Union de la défense.

Il y a dix ans, vous publiiez Une brève histoire de l’avenir, dans lequel vous faisiez déjà des projections pour 2030, à 50 ans.

En effet, en cinq phases : déclin relatif de l’empire américain, tentative d’organisation du monde autour de plusieurs puissances indépendantes et hostiles les unes aux autres (ce qui ne fonctionne pas), domination par le marché en l’absence de régulations mondiales, guerre et ordre après la guerre.

Où nous situons-nous ?

À la fin de la deuxième phase et au début de la troisième, c’est-à-dire au sein d’une tentative de régulation. Les États-Unis ont décidé de ne plus être une puissance dominante, de ne plus gérer le monde. Donc on a tout d’abord une tentative de trouver un remplaçant pour les États-Unis, qui ne marchera pas.

Vous ne croyez pas que la Chine pourrait remplir ce rôle ?

Non, la Chine ne le veut pas. Elle veut être puissante, mais pas gouverner le monde comme les États-Unis le souhaitaient. L’Histoire chinoise est une Histoire de puissance et d’influence chinoise, mais pas de domination mondiale. Pékin veut tout ce qui est nécessaire à la croissance chinoise, au bien-être des Chinois.

Les Chinois rêvent d’avoir le niveau de vie [actuel] des Américains en 2050. Ils auront alors une immense influence dans la région, mais ne sera pas le pays le plus peuplé du monde, et nombre d’autres enjeux seront apparus.

Revenons un instant à la fin de l’empire américain. Vous parliez de la fin d’un empire il y a dix ans, deux ans avant l’élection de Barack Obama, qui semblait pouvoir retourner cette situation.

Pas vraiment, parce qu’Obama lui-même a toujours répété que l’Amérique n’était qu’une puissance relative, qu’elle ne devait pas intervenir, ce qu’il n’a d’ailleurs pas fait, et qu’il ne pouvait pas porter le fardeau du monde. Ça lui a même été reproché, notamment dans le contexte de la Syrie. Il n’est pas intervenu dans le Moyen-Orient, à l’égard de la Russie il a été ferme, mais sans plus. Il a beaucoup poussé les Européens à faire les choses entre eux.

Et Donald Trump est dans la continuité d’Obama de ce point de vue, il va plus loin que lui sur le thème du retrait américain.

Analysons un peu Donald Trump. À la veille de son inauguration à Washington, il a exprimé des propos très durs vis-à-vis de l’Europe, et d’Angela Merkel, par exemple. En se renfermant sur eux-mêmes, les Américains tournent-ils donc le dos à l’idée d’hégémonie ?

Donald Trump a en tout cas une hégémonie médiatique, mais c’est normal, c’est l’élection. Je pense que son discours s’inscrit dans l’idéologie dominante du moment, c’est-à-dire « moi d’abord », « moi, maintenant, tout de suite, d’abord », sans s’occuper des autres ou penser qu’ils peuvent être utiles.

Ce qu’il veut, c’est une Amérique forte, qui doit être « la plus forte », mais sans  s’occuper de gouverner le monde, l’Amérique latine, etc. Si une idéologie hostile à l’Occident s’installait en Afrique ou en Amérique latine, il ne voudra pas intervenir.

Il y a deux scénarios du pire. Le premier serait que la Chine contrôle Taïwan. Il s’est exprimé en faveur de l’indépendance de Tawaïn, mais fera-t-il la guerre pour Taïwan ? Première question. La deuxième question est de savoir ce qui se passera en cas d’invasion des pays baltes par la Russie, qui s’assurerait ainsi un accès à [son enclave de] Kaliningrad.

L’armée américaine interviendra-t-elle dans ces deux cas ? Je ne le pense pas. Cela pourrait d’ailleurs donner envie à d’autres de le faire à sa place, mais Donald Trump n’interviendra pas, comme, je pense, Barack Obama ne serait pas intervenu.

Comment voyez-vous les relations entre les États-Unis et l’Europe ?

Nous sommes dans une période très particulière, où les Américains, les Chinois et les Russes ont tous un président fort pour les quatre années à venir. Des présidents qui considèrent que l’Europe n’est pas un allié, mais une proie, un gibier, et qu’il faut reprendre tout ce qui est en Europe. Tous les trois ont donc objectivement intérêt à la faiblesse de l’Europe. C’est la première fois que ça arrive. Avant, ce n’était ni le point de vue d’Obama ni celui des Russes. Tous les trois ont donc intérêt à ce que l’Europe se casse.

Et dans le même temps, il y a des élections aux Pays-Bas, en France, en Allemagne, et probablement en Italie.  Ce qui veut dire qu’avant octobre, l’Europe ne sera pas capable de prendre la grande initiative qui est nécessaire aujourd’hui. Aujourd’hui, il faudrait prendre une grande initiative en faveur de l’intégration européenne en matière de défense.

Pourquoi pensez-vous qu’ils pensent comme cela ?

Les autres veulent casser l’Europe, pourquoi ? Parce qu’ils sentent bien qu’à long terme, si l’Europe s’unit, elle deviendra la première puissance du monde. Si l’Europe a un ministre de la Défense, elle sera la première puissance au monde.

Non seulement ça, mais le modèle européen deviendrait une force d’attraction. Quand on dit que les États-Unis ont défini un modèle pour le monde, ce n’est pas juste, il s’agit d’un modèle européen. Le monde ne s’américanise pas, il s’européanise, c’est l’Europe qui est le grand modèle de l’Amérique. Ils ont donc intérêt, à tous points de vue, du point de vue de la puissance douce, de l’économie, de la défense, à affaiblir l’Europe. Ils sont donc très heureux du Brexit. Tant les Russes que les Américains vont souffler sur les braises d’un possible « ital-exit », d’un « frexit ».

Ils voient bien qu’au 21ème siècle, la grande puissance, avec 550 000 à 8 millions d’habitants, le plus haut niveau de vie, la meilleure position géographique, la meilleure attraction des talents, le meilleur niveau culturel, les meilleurs systèmes de santé, c’est l’Europe.

Comment croyez-vous que l’Europe peut réagir à ça tout en ayant des calendriers assez chargés du point de vue électoral ? 

Il faut voir si les institutions fonctionnent indépendamment des calendriers électoraux. Nous sommes à Davos, j’aurais rêvé d’entendre un discours de François Hollande et Angela Merkel qui seraient venus tous les deux et qui auraient dit : « face à Xi Jinping, face à Theresa May, face à Donald Trump, nous affirmons qu’il y a une continuité en Europe et que quelles que soient les élections, nous avons décidé de lancer une Europe de la défense et de la sécurité ensemble ». C’est ça que j’aurais aimé entendre ici à Davos.

De quel genre de leadership avons-nous besoin ? 

Nous avons besoin de leaders qui se souviennent, qui incarnent les dangers d’une fragmentation de l’Europe. L’Europe peut retourner à la guerre, supposons que l’Italie sorte de l’euro, que la France aussi, que l’Allemagne parte dans une autre direction : dans trente ans il y aura une guerre franco-allemande. Il faut se souvenir de ce risque qui existe dans le cas d’une rupture de la construction européenne. Il faut des leaders qui ont le sens du tragique, ce que l’on n’a pas. Il ne faut pas des leaders de temps heureux, ni de la neutralité.

Croyez-vous que l’Europe peut avoir un leader comme Trump ? 

Oui, il peut y avoir un Trump en France avec Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon. En Allemagne, ça peut arriver si Angela Merkel n’est plus chancelière ou si elle cède dans la coalition face aux membres de la CSU. En Italie, il peut y avoir Beppe Grillo.

Si on se dirige vers ce scénario de petits Trump surgissant en Europe, craignez-vous que cela accélère le risque de guerre, la désintégration de l’Europe ?

Nous sommes dans une période qui ressemble beaucoup à 1910 où il y a eu une vague de progrès techniques, une grande globalisation et une vague de démocratie…..

Et il y a eu une crise financière, du terrorisme, et on a choisi le protectionnisme et la guerre. Le 20ème siècle aurait pu être un siècle très heureux, tout était réuni pour qu’il soit heureux. Au lieu de cela, on a eu deux guerres mondiales, de la barbarie jusqu’en 1989. Ca fait seulement 25 ans qu’on est sortis des erreurs de 1910 et on peut faire les mêmes aujourd’hui. On a tout pour avoir un 21ème siècle très heureux : progrès techniques, augmentation des classes moyennes, demande de démocratie partout dans le monde, naissance d’États stables, tout est en place mais en même temps on peut partir vers le pire, c’est même à mon avis vraisemblable

Est-ce qu’on part vers le pire ? 

Oui, la seule chose qui est différente de 1910 et qui est positif c’est qu’à cette époque les peuples voulaient la guerre en Europe : les Français, les Anglais, les Allemands, tout le monde voulait la guerre, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Dans votre livre, vous parlez de neuf grandes puissances. On a le G20 donc on est dans une autre dialectique, mais dans ces neuf puissances vous voyez l’UE comme une grande puissance possible.

Les grandes puissances de demain restent la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, les États-Unis, le Nigéria et l’Indonésie. Le G20 pour moi c’est une photo et rien d’autre, ça n’existe pas. Dès le premier G20 j’avais dit « il faut écrire le G vain ». Maintenant, l’Europe est la plus grande puissance du monde, elle est la seule à ne pas le savoir et la seule à ne pas le vouloir. Les Suisses ont fait ça : créer un État du bas vers le haut, mais en général un État est créé par un conquérant : la Russie c’est un conquérant, la Chine aussi, les États-Unis aussi. Les puissances sont toujours créées par un conquérant. Là, on essaie de créer un pays du bas vers le haut, ce que les Suisses ont fait en trois siècles. Ils se sont unis progressivement face à des ennemis. Nous pouvons nous unir, un peu comme les Suisses, face à nos ennemis. C’est pour ça que la menace extérieure est une bonne nouvelle parce que ça va nous forcer à nous unir. Ce qu’il faut faire crève les yeux : il faut faire une Europe de la défense, de la sécurité, qui gère la politique des frontières, qui gère le problème des migrants, qui gère la menace terroriste et qui se prépare à prendre le relais du retrait américain de l’OTAN.

Est-ce que la démocratie est en crise aujourd’hui dans l’Europe et dans le monde ? 

Les pays les plus efficaces ne sont pas les démocraties à l’heure où nous parlons. Les trois gouvernements les plus efficaces sont le chinois, le russe et le Vatican.  Mais ce ne sont pas des démocraties.

Deuxièmement, il y a un grand ennemi de la démocratie en ce moment : le marché devient mondial et la démocratie reste locale. On a donc toutes les conséquences d’un marché tout puissant qui rend la démocratie dérisoire et les citoyens s’en rendent bien compte. Il y a huit milliardaires qui ont une fortune supérieure à 40 % de la population de la planète et le peuple est amené par toute une série de contraintes ou de persuasion à voter en faveur de l’intérêt des milliardaires, ce qui vient de se passer aux États-Unis. Ce n’est pas nouveau, ce n’est pas exceptionnel. Tous les résultats des élections sont les votes en fonction de l’intérêt des plus riches. Ça discrédite la démocratie qui a perdu son pouvoir.

La seule solution c’est aller vers le haut, qu’on me dise pas que ce n’est pas possible d’aller vers le haut, c’est possible. Et qu’on ne me dise pas qu’une gouvernance mondiale c’est impossible, on essaye de le faire, la COP21 en est un exemple. Il y a des domaines où il y a une gouvernance mondiale, où il y a une instance mondiale qui décide avec une extrême puissance partout dans le monde. Prenez la FIFA pour le football, elle gouverne le football dans le monde entier. Pourquoi quelque chose qu’on fait pour un sujet aussi important que le football, on ne pourrait pas le faire pour des sujets moins importants comme l’égalité fiscale ou l’harmonisation fiscale, la lutte contre le trafic ou la prostitution.

Vous envisagez ça par thématiques, ou envisagez-vous une gouvernance mondiale ? 

Non, il faut que ça soit par thématiques. C’est un peu comme la construction de l’État au Moyen-âge : des corporations se sont mis ensemble pour gouverner leurs corporations et puis ensuite les corporations ensemble ont formé l’État. En Europe c’est comme ça que ça s’est fait. Dans le secteur bancaire, il y a Bâle qui règne, il y a énormément de secteurs où il y a des normes mondiales, il n’y a simplement pas de cohérence d’ensemble. Même sur la fiscalité, l’OCDE fait un travail formidable. L’OCDE et la Commission européenne font un très bon travail d’harmonisation. On peut donc y parvenir, ce n’est pas hors de portée.

Quel est votre souhait à l’aube d’une année très difficile ? 

Pour que ça réussisse à l’échelle mondiale il faut d’abord que ça n’échoue pas à l’échelle européenne. Car si on n’est pas capables de le faire à l’échelle européenne, on ne le fera jamais à l’échelle mondiale. L’Europe doit être un modèle. Mon souhait pour 2017 c’est d’abord que l’Europe tienne le coup et que malgré l’absence de leader, on avance de façon crédible vers une Europe de la défense et de la sécurité qui à mon avis est la clé de la survie de l’Europe et de la paix.

On aurait dû commencer par ça, non ?  

On ne pouvait pas car on avait le parapluie américain et les Allemands étaient trop près de la guerre et ne voulait pas avoir une armée, à juste titre. Aujourd’hui, personne ne remet en cause la démocratie allemande et les Américains sont plus là, donc il faut absolument l’avoir.

Jacques Attali est un économiste, écrivain, conseiller politique et haut fonctionnaire français. Il a notamment conseillé François Mitterrand et Nicolas Sarkozy. De 1991 à 1993, il a également été le  premier président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Il a été interviewé par EurActiv à l’occasion du Forum économique mondial de Davos.

Publié dans EuropAgora | Marqué avec , | Laisser un commentaire

Ein professioneller Störenfried im Pentagon

Als Lösung empfehlen die US-Autoren, sich Sokrates zum Vorbild zu nehmen. Der unbequeme Zausel lebte im vierten Jahrhundert vor Christus in Athen. Statt seine Ideen aufzuschreiben, sprach er lieber mit so gut wie jedem auf der Straße, legte sich ständig mit den Mächtigen an und wurde schließlich wegen Gottlosigkeit zum Tode verurteilt. Also: voller Mut zum Risiko. « Die Philosophie muss mehr raus. Das Sonnenlicht wird ihr gut tun », schreibt Frodeman. Das sei bitter nötig, denn auch der Markplatz sei in einem ziemlich baufälligen Zustand, und die Themen lägen förmlich auf der Straße – ob es um autonome Killerroboter gehe, Privatsphäre im digitalen Zeitalter, den Klimawandel, die Neudefinition von Freundschaft im Internet, die Weiterentwicklung des Menschen mittels Biotechnologie.

Der Militärjournalist Franz-Stefan Gady schlägt sogar vor, einen Philosophen vom Schlage Sokrates ins Pentagon zu schicken. Ein « Philosopher in Chief » wäre nützlich, argumentiert Gady, um als « professioneller Störenfried » ständig die Arbeit der Militärs zu hinterfragen und sie mit elementaren Fragen zu bombardieren: « Was ist das Militär? » oder « Was heißt Sieg? »

« Philosophy on the fly »

« Klarerweise wäre jetzt die Stunde der Philosophen », sagt Thomas Vašek, Chefredakteur der Philosophie-Zeitschrift Hohe Luft. « Schon das Wort des Jahres, ‘postfaktisch’, ist doch in philosophischer Hinsicht ein hochproblematischer Begriff. » Gerade in der aufgeheizten Stimmung vermisse er eine mahnende Stimme. Das von ihm gegründete Magazin hat kürzlich ein « Philosophisches Manifest » veröffentlicht. Die Forderungen: Philosophen sollen wieder Vorbilder sein, nicht mehr wie eine abgehobene Elite daherkommen und endlich die Digitalisierung ernst nehmen. « Das wurde zum Teil als Weckruf verstanden », sagt Vašek. Von den Universitäten erwartet er dennoch wenig. « Im akademischen System denken manche Leute, bevor sie nicht habilitiert sind, dürfen sie gar nichts sagen. » Größere Hoffnung als auf die « alten Autoritäten » setzt Vašek auf die Jungen, Denker außerhalb des akademischen Systems.

Frodeman und Briggle nennen diesen Zirkel die « neue Republik der Gelehrten », in Anlehnung an die Gemeinschaft der europäischen Wissenschaftler im 17. und 18. Jahrhundert. Zu diesem informellen Netzwerk zählen sie Geschäftsleute, Wissenschaftler, Ingenieure und Futuristen. Leute, die eher in Forschungseinrichtungen von Google oder Apple arbeiten statt an Universitäten, und eine « Philosophy on the Fly » betreiben, ein Ad-Hoc-Philosophieren an konkreten Problemen.

Der Stoizismus erlebt eine Renaissance – kein gutes Zeichen

Die Richtung dieser neuen Philosophie ist allerdings manchmal merkwürdig. Eine Denkschule, die momentan vor allem im Silicon Valley ein Comeback erlebt, ist der Stoizismus. Dessen antike Erfinder predigten sinnliche Enthaltsamkeit, Selbstkontrolle und die Unempfindlichkeit gegenüber äußeren Rückschlägen. Einer der berühmtesten Stoiker, der römische Kaiser Mark Aurel, soll sich jeden Morgen vorgestellt haben, was ihm heute alles Übles zustoßen könnte, um die seelischen Schmerzen im Vorfeld auszumerzen. Heute erlebt die antike Philosophie ein Revival, der US-Unternehmer und Autor Ryan Holiday beschreibt den Stoizismus als « Life-Hack », also als praktische Lebenshilfe, um Dinge zu akzeptieren, die man nicht verändern kann. Sein Buch « The Obstacle is the Way » verkaufte sich hunderttausendfach. Auch Google soll schon Seminare über die Denkschule für seine Mitarbeiter abgehalten haben. Silicon-Valley-Guru Tim Ferriss nennt den Stoizismus ein « perfektes Betriebssystem, um in einer hochstressigen Umgebung aufzublühen ».

Der zweite große Vordenker des Stoizismus ist Epiktet, ein römischer Sklave, der darüber schrieb, wie man sein auferlegtes Schicksal innerlich am besten akzeptieren kann. Angesichts der Renaissance der Ideen nannte die Philosophin Sandy Grant von der Cambridge University den Stoizismus kürzlich in einem Interview « eine Philosophie für eine Zeit der Sklaven » und « vielleicht das letzte, was wir brauchen ». Wenn man Dinge für außerhalb seiner Kontrolle halte, lehne man sich auch nicht dagegen auf, argumentiert Grant. Gerade in einer Zeit der Ungerechtigkeit und Unterdrückung sei es aber nötig, gemeinsam zu handeln – selbst wenn die Dinge zunächst unabänderlich scheinen. Die Umstände so akzeptieren wie sie sind, hat politisch jedenfalls noch nie etwas verändert.

Publié dans EuropAgora | Laisser un commentaire

2017 !

Publié dans EuropAgora | Laisser un commentaire

SVILUPPO SOSTENIBILE – UN FUTURO DI PROGRESSO PER L’EUROPA

L’Unione europea continua ad andare discretamente male. Coloro i quali speravano in un deciso cambio di rotta, in un salto di qualità almeno dopo la crisi del 2008 sono rimasti delusi. La diagnosi della crisi che ha prevalso ha operato come una cura sbagliata amministrata ad un paziente malato e debole.

Non è bastato denunciare a gran voce politiche di austerità inefficaci che stavano uccidendo il paziente. Purtroppo, per quelle forze neoliberiste e del Pensiero Unico che dagli anni ’80 ci stanno servendo l’attuale modello di sviluppo, l’austerità ha funzionato benissimo, perché ha contribuito e contribuirà fino all’ultimo allo scopo primario – dalla scuola di Chicago in poi: spostare il benessere dal 99% a quell’1% che incredibilmente, ancora in queste ore, non cessa di arricchirsi.

Certo, negli ultimi anni la convinzione che il rigore scodellerà i suoi frutti e sarà il giusto sacrificio per riportare l’UE al centro della crescita mondiale si è un filo incrinata, ma non grazie ad un’analisi profonda dei bisogni e dei cambiamenti in atto. Il panico, tardivo, a fronte dell’instabilità politica di cui la Brexit non è stata che la più recente e drammatica espressione ha prodotto qualche paternalistica reazione, palesemente insufficiente. Paradossalmente, le forze populiste, antieuropee ed estreme si stanno rivelando talmente velleitarie e poco credibili agli occhi dei disperati che le hanno votate, che il pendolo potrebbe presto spostarsi nuovamente ahimè verso un’astensione ancora più pronunciata, senza alcuna, vera proposta di alternativa sostenibile.

Ciò che ci riserva l’autunno, fra stagnazione economica e squilibri nell’area euro, terrorismo, crisi nei nostri modelli di convivenza, rifugiati e immigrazione, imbarbarimento ed impotenza della politica a tutti i livelli assorbirà le nostre energie, che sono già allo stremo, e ovviamente non consentirà a nessuno di provare ad immaginare un filo conduttore per uscire da tutto questo.

Eppure…

Un nuovo modello di sviluppo è possibile

La crescita e lo sviluppo mondiale in particolare dal secondo dopoguerra ad oggi, con focus sugli ultimi 30 anni ci consegnano un pianeta nel quale si intrecciano tre questioni fondamentali, che corrispondono ad un’unica sfida complessa e cruciale per noi tutti:

– una crescita demografica senza precedenti. Siamo 7 miliardi e 200 milioni, praticamente 9 volte gli abitanti della terra all’inizio della prima rivoluzione industriale, e continuiamo a crescere di circa 75 milioni all’anno, di questo passo gli abitanti del pianeta saranno 8 miliardi nel 2020 e forse 9 nel 2040;

– una crescita economica che genera diseguaglianze mai viste prima sia fra aree geografiche, e fra paesi nelle stesse aree geografiche, che all’interno dei paesi stessi. Queste diseguaglianze sono alla base di diversi fenomeni, il più evidente e drammatico dei quali per l’Europa è l’immigrazione dai paesi africani ed asiatici, in particolare dall’Africa subsahariana e dall’Asia centrale dove l’estrema povertà, i conflitti ed i cambiamenti climatici (vd sotto) mettono quotidianamente a rischio la vita di milioni di persone;

– una crescita economica che sta minando in modo irreversibile le risorse naturali del Pianeta. Solo pochi hanno davvero capito la catastrofe che è ormai dietro l’angolo (davvero proprio imminente) e che, se non fermata, potrebbe essere il risultato dei seguenti fattori, tutti interconnessi: cambiamenti climatici, acidificazione degli oceani, buco dell’ozono, inquinamento da fertilizzanti (nitrogeno e fosforo) che genera alghe in mare con conseguente depauperamento delle risorse ittiche, uso eccessivo delle risorse idriche, sfruttamento del suolo, attacco alla biodiversità, uso aerosol, inquinamento chimico generalizzato.

Non è un segreto come l’aumento della popolazione mondiale, unitamente al miglioramento delle condizioni economiche e di vita di intere aree geografiche negli ultimi decenni, si intrecci in modo drammatico alla bomba ad orologeria sulla quale siamo seduti. E i dati dell’economia mondiale degli ultimi tempi non sono certo rosei, e non solo in Europa (basti pensare ai BRICs). C’è il rischio serio di una lunga stagnazione, segno evidente di una crisi di modello, con conseguenze poco prevedibili. Peraltro, se è verissimo che l’UE cresce poco a causa di scellerate politiche pro cicliche, immaginare di poter contare in un futuro prossimo su una crescita “tradizionale” ed equilibrata attorno al 3% del PIL è pura illusione.

A fronte di questa situazione, e dopo anni di riflessioni e negoziati, il 25 Settembre 2015 a NY l’Assemblea Generale delle Nazioni Unite ha adottato l’Agenda 2030 per lo Sviluppo Sostenibile, definito come uno “sviluppo che soddisfa i bisogni del presente senza compromettere le capacità delle generazioni future di soddisfare i propri bisogni”. Per ottenere sviluppo sostenibile, è necessario armonizzare tre fattori : crescita economica, inclusione sociale e tutela dell’ambiente.

L’Agenda è corredata di 17 “Goals” coniugati in 169 obiettivi specifici:

  • Goal 1: Porre fine ad ogni forma di povertà nel mondo
  • Goal 2: Porre fine alla fame, raggiungere la sicurezza alimentare, migliorare la nutrizione e promuovere un’agricoltura sostenibile
  • Goal 3: Assicurare la salute e il benessere per tutti e per tutte le età
  • Goal 4: Fornire un’educazione di qualità, equa ed inclusiva, e opportunità di apprendimento per tutti
  • Goal 5: Raggiungere l’uguaglianza di genere ed emancipare tutte le donne e le ragazze
  • Goal 6: Garantire a tutti la disponibilità e la gestione sostenibile dell’acqua e delle strutture igienico sanitarie
  • Goal 7: Assicurare a tutti l’accesso a sistemi di energia economici, affidabili, sostenibili e moderni
  • Goal 8: Incentivare una crescita economica, duratura, inclusiva e sostenibile, un’occupazione piena e produttiva ed un lavoro dignitoso per tutti
  • Goal 9: Costruire una infrastruttura resiliente e promuovere l’innovazione ed una industrializzazione equa, responsabile e sostenibile
  • Goal 10: Ridurre le disuguaglianze all’interno e fra le Nazioni
  • Goal 11: Rendere le città e gli insediamenti umani inclusivi, sicuri, duraturi e sostenibili
  • Goal 12: Garantire modelli sostenibili di produzione e di consumo
  • Goal 13: Adottare misure urgenti per combattere i cambiamenti climatici e le sue conseguenze
  • Goal 14: Conservare e utilizzare in modo durevole gli oceani, i mari e le risorse marine per uno sviluppo sostenibile
  • Goal 15: Proteggere, ripristinare e favorire un uso sostenibile dell’ecosistema terrestre, gestire sostenibilmente le foreste, contrastare la desertificazione, arrestare e far retrocedere il degrado del terreno, e fermare la perdita di diversità biologica
  • Goal 16: Promuovere società pacifiche e più inclusive per uno sviluppo sostenibile; offrire l’accesso alla giustizia per tutti e creare organismi efficaci, responsabili e inclusivi a tutti i livelli
  • Goal 17: Rafforzare i mezzi di attuazione e rinnovare il partenariato mondiale per lo sviluppo sostenibile.

Da notare, ed è importantissimo, che il concetto stesso di Sviluppo Sostenibile cosi espresso rappresenta al tempo stesso un quadro analitico (tutte le crisi attuali sono interconnesse) e la sua risposta normativa, sia a livello etico/morale che politico/legislativo (le soluzioni sono un congiunto di azioni e politiche anch’esse indissolubili).

A differenza dei Millennium Development Goals, gli SDGs sono universali, nel senso che si debbono applicare a tutti i paesi del pianeta, e quindi anche all’interno della UE, e sono indivisibili perché per l’appunto profondamente legati l’uno all’altro. E’ evidente, guardando alla lista degli SDGs ma anche agli obiettivi specifici a ciascuno di essi, che i paesi più sviluppati fra cui l’UE dovranno impegnarsi a livello interno più particolarmente in taluni campi, mentre per altri lo sforzo dovrà concentrarsi in un cambio di rotta nelle politiche “esterne” (politica estera, aiuti allo sviluppo, commercio estero).

Se veramente presi sul serio, gli SDGs possono ridare slancio alla Politica, produrre nuove forme di resilienza e mobilitazione sociale e nuove speranze: il recente appello « per le persone, per il pianeta e per la prosperità globale » promosso da Sindacati europei, Wwf e Concord (Confederazione europea delle ong per gli interventi umanitari e di sviluppo), sottoscritto da 175 associazioni europee lo dimostra.

Ma soprattutto credere negli SGS significa liberare risorse, sia pubbliche che private, mai o poco spese prima a questo scopo.

Un nuovo progetto anche per la Sinistra europea

L’Unione europea, con tutte le sue debolezze di governance, economiche ed istituzionali, sarebbe il soggetto politico di gran lunga più avanzato e più competitivo in un contesto globale adatto agli SDGs, sapendo che la crescita sostenibile che si produrrebbe non andrebbe, come accade spesso attualmente, a discapito dei paesi in via di sviluppo, bensì servirebbe a correggere decenni di errori coloniali e post coloniali che ci stanno passando il conto sulle coste del Mediterraneo. Del resto la Commissione attuale sta già lavorando in questo senso, e dossier quali il dopo Parigi, l’energia ed l’economia circolare lo dimostrano. Ciò che manca ancora drammaticamente è il quadro di insieme, una “narrative” globale e positiva.

 

Per la famiglia dei Socialisti e dei Progressisti europei, l’Agenda 2030 delle Nazioni Unite rappresenta un’incredibile opportunità, e può diventarlo ancora di più se il prossimo Segretario Generale dell’ONU dovesse essere – come sembra – un Europeo vicino ai nostri valori. Agli occhi di molti, soprattutto giovani disamorati (con ragione) dalla politica, gli SDGs sarebbero l’unica Alternativa possibile ad una globalizzazione vissuta sempre più come ingiusta, antidemocratica e pericolosa per le risorse del Pianeta, in opposizione alla non soluzione populista del vecchio modo di intendere il “protezionismo”.

Attenzione pero. Per adattarsi all’Agenda 2030, dobbiamo “rassegnarci” alla complessità, e quindi al vero ritorno della Politica con la P maiuscola. Il fatto è che gli SDGs necessitano di soluzioni a lungo termine, talune ancora da ricercare a livello scientifico e organizzativo in materia di sanità e salute, educazione, agricoltura, politiche urbane, energia, biodiversità…ma anche in termini di misurazione, per passare dallo sterile ed insufficiente calcolo del PIL ad una più completa e complessa fotografia del “benessere” che tenga anche in maggior conto il reddito reale a disposizione dei cittadini. Bisogna costruire un modello inclusivo per motivare tutti gli attori, in particolare università, centri di ricerca ma anche gli imprenditori (e in generale i partner sociali), perché buona parte degli SDGs necessitano di importanti cambiamenti nel rapporto fra economia e società.

Per la famiglia progressista si tratta di un terreno favorevole: per un nuovo modello di sviluppo, per una nuova rivoluzione industriale globale, c’è bisogno di a) investimenti pubblici, b) nuova regolazione legislativa e quindi intervento delle Istituzioni, e di c) una rinnovata, grande partecipazione civile.

Lo Sviluppo Sostenibile, se portato convintamente, potrebbe essere la risposta alla triplice crisi della Sinistra Riformista di questo secolo XXI:

– gli SDGs impongono senza riserve un quadro di azione transnazionale, risolvendo il limite nazionale che storicamente ci siamo imposti e dal quale, malgrado il rafforzamento dell’UE, peniamo ad uscire;

– Sviluppo Sostenibile vuol dire nuovo modello economico, necessario per i Progressisti dopo la recente crisi del nostro compromesso con il capitalismo/economia reale del dopoguerra;

– grande partecipazione civile e “resilienza” sono la risposta alle odierne difficoltà nel conciliare democrazia rappresentativa e diretta.

Una strada quindi da percorrere è tornare forti in campo, appoggiando l’organizzazione internazionale per antonomasia (ONU) che non a caso ha visto la luce dopo la fine dell’ultimo grande conflitto mondiale, e che è in questo momento pericolosamente debole e poco autorevole: rafforzarla pare quindi un compito più che necessario, dopo decenni di dominio di altre istituzioni transnazionali poco equilibrate e sostenute con convinzione ideologica dalle Destre (FMI, WTO…).

Si tratta di chiarire una volta per tutte che il quadro al quale aspiriamo, la visione che ci anima, è la convinzione che, contrariamente agli ecologistici di maniera, siamo convinti che ci possa essere un futuro di sviluppo economico, anche e soprattutto industriale, che possa rispondere e corrispondere alla attese di milioni di persone. E’ peraltro essenziale che, nell’UE i paesi del Mediterraneo, in teoria i meno pronti ad affrontare la sfida, si mettano in ordine di marcia il prima possibile, pena una concezione degli SDGs troppo orientata verso il Nord ed il settore dei servizi. Al contrario, in paesi come l’Italia, dagli anni ’80 risulta ormai evidente che senza una decisa modernizzazione industriale, sia nel senso del processo che del prodotto, il futuro resterà magro ed incerto. Una tale modernizzazione passa inesorabilmente attraverso la ricerca, lo sviluppo di infrastrutture materiali ed immateriali moderne, la lotta alla corruzione e, una volta per tutte, la cura del “capitale umano” del paese, attualmente in fuga. In questo senso, il recente successo dell’imponente programma PRIMA acronimo per “Partnership Research and Innovation in the Mediterranean Area” (che ha appena ottenuto l’avallo della Commissione, ed è in attesa di passare al PE e al Consiglio) segna un punto importante a favore degli SDGs nell’area del Mediterraneo. Si tratta di R&S in approvvigionamento idrico e sistemi alimentari e ingloba 11 stati membri, 3 paesi associati, 5 non associati con le rispettive università e centri di ricerca. Il bilancio (europeo e degli stati membri) è di rilievo e potrebbe superare il mezzo miliardo di euro, il coordinamento è affidato all’università di Siena.

Le sfide

 Il problema maggiore per un’agenda di Sviluppo Sostenibile è il gap crudele fra interventi a lungo termine e risultati a breve. Va pero riconosciuto che la crescita fragile e malata di oggi potrebbe rappresentare un incentivo a cercare soluzioni altrove. I costi della transizione possono essere enormi, soprattutto per il “capitale umano” in termini di educazione, istruzione, formazione e accompagnamento di welfare.

D’altra parte, molti posti di lavoro difficilmente localizzabili si stanno creando e possono essere ulteriormente creati a breve nelle filiere della green economy, ad alta intensità occupazionale se opportunamente incentivati (investimenti e regole).

Un’altra sfida che può trasformarsi in una grande opportunità è che il centro nevralgico della diagnosi SDGs, ma anche delle possibili soluzioni è rappresentato dai grandi conglomerati urbani. Non a caso tutte le organizzazioni che raggruppano le grandi città (si pensi in Europa a Eurocities) su scala globale stanno prendendo molto sul serio l’Agenda 2030. La sindaca di Parigi ha già annunciato di voler riunire i colleghi delle grandi metropoli del globo in una alleanza fra città.

E proprio dalle città può venire la risposta all’altra grande questione: lo Sviluppo Sostenibile deve essere compreso e portato dal basso. Chi non ricorda la vecchia ambizione dell’agenda di Lisbona, “fare dell’UE l’attore più competitivo del pianeta con un’economia basata sulla conoscenza e sul nostro modello di economia sociale di mercato”, un’idea certo visionaria ma calata dall’alto, senza nessuna consapevolezza civile e che si è presto trasformata in uno sterile ripetersi di rapporti, numeri, scartoffie, indicatori nominali presto dimenticati. Compito di tutti sarà di fare di un nuovo modello di sviluppo il quadro delle risposte che i cittadini chiedono e alla quali dovranno essere associati.

Ma non sfugge neppure, sull’altro versante dello sviluppo territoriale, l’importanza degli SGDs per il mondo agricolo e rurale, contro il dissesto idrogeologico e per un ripopolamento delle campagne fatto di innovazione, sicurezza alimentare, occupazione e sostenibilità. Mi pare che in Italia in particolare, fra mille difficoltà, si stiano registrano dei segnali in questo senso.

Infine, la sfida dei giovani, del loro futuro e del ruolo della politica. Basti qui fare riferimento ai recenti utilissimi sondaggi/studio della Fondazione europea Studi Progressisti (FEPS) sui “Millennials” europei e non. Contrariamente a quello che si crede, le giovani generazioni non si disinteressano alla politica; questi nuovissimi “Millennials” hanno capito, a differenza dei loro fratelli appena maggiori, di non aver più alibi. Ci guardano certo con rimprovero, non si fidano “dei politici” ed hanno ragione, ma sanno che tocca a loro. Non sarà una passeggiata, ma se vorranno davvero sopravvivere dovranno essere resilienti, autonomi e rendersi protagonisti di un cambiamento nel senso di uno Sviluppo Sostenibile che tenga insieme società, economia e Pianeta e che parta dal basso e dai territori. Anche perché se il dramma del nostro tempo sono le diseguaglianze, per combatterle occorre un progetto collettivo che si nutra di corpi intermedi sociali forti e rappresentativi, davvero radicati, e che assolvano ad una funzione di “transparency, accountability, empowerment” piacerebbe dire a qualcuno in inglese, in una parola di “emancipazione”.

Per fare tutto questo, i Progressisti europei, ed in particolare quelli che operano nelle istituzioni europee, Gruppo S&D in primis, dovrebbero risolutamente puntare sulla “narrative” dello Sviluppo Sostenibile per:

– spingere la Commissione a inglobare esplicitamente ed orizzontalmente gli SDGs nel suo Programma di lavoro. Si tratta di chiedere al Presidente Juncker di coniugare le sue dieci priorità in funzione dello Sviluppo Sostenibile (energia, sviluppo economico, politica estera, aiuti allo sviluppo, ma anche pilastro sociale, agricoltura…);

– ottenere una riflessione davvero integrata fra tutti gli attori, compresi società civile e partner sociali anche perché come abbiamo visto la riconversione industriale è parte essenziale di un nuovo modello;

– rendere tutti gli strumenti e le procedure al momento criptiche quali EU 2020, Semestre europeo, ect…coerenti con l’Agenda 2030 dell’ONU;

– considerare gli SDGs come le linee guida della nostra azione esterna, andando al di là di una concezione di “politica estera” che di estero/esterno ha più ben poco, ma è ormai squisitamente geopolitica;

– riorientare gli strumenti finanziari a disposizione dell’UE (ESF, EDF, DCI, EIB….) per realizzare gli SDGs; ripensare le Prospettive finanziarie (risorse e spese) in funzione di questo obiettivo.

In conclusione, lo Sviluppo Sostenibile delle Nazioni Unite può contribuire a ridare senso al progetto europeo. Ci aiuta a pensare ad un’economia globale aperta, contro tutte le tentazioni populiste e ‘anti”, imponendo (questa volta per davvero…) alla globalizzazione di lavorare per tutti, preservando il Pianeta e le generazioni future. Bisogna cominciare una riflessione affinché diventi il programma dei Progressisti in vista delle elezioni 2019.

Anna Colombo

AC- Agosto 2016

 

 

 

 

Publié dans EuropAgora | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

Signez maintenant pour mettre les droits sociaux à la Une !

  • Des emplois décents et une économie juste
  • Des améliorations de salaires et de qualité de vie
  • Des nouvelles protections pour les travailleurs et une meilleure application des droits existants
  • Des salaires et des conditions de travail égaux, pour en finir avec l’exploitation de travailleurs
  • Une bonne protection sociale et des services publics forts
  • Des investissements pour plus d’emplois et pour une plus grande sécurité de l’emploi
  • Des droits syndicaux garantis et leurs respect sur le lieu de travail

Soutenez-nous!

Nous avons besoin d’autant de personnes que possible pour convaincre la Commission européenne.
Participez maintenant et levez votre voix d’ici le 31 décembre ! http://socialrightsfirst.eu/fr

Vous souhaitez en savoir plus?

La Commission européenne est actuellement à la recherche d’informations sur la manière d’améliorer les marchés du travail et les systèmes de protection sociale au sein de l’UE par le biais d’une consultation publique sur un «pilier européen des droits sociaux». Les syndicats de toute l’Europe ont élaboré un plan sur la manière de répondre aux questions soulevées par la Commission européenne. Jusqu’au 31 décembre 2016, les travailleurs, les citoyens et les organisations sociales peuvent faire entendre leur voix. En agissant tous ensemble, nous pouvons assurer que notre voix sera assez forte pour que la Commission européenne doive écouter.

Complétez ces informations demandées par la Commission européenne et participez à la consultation.Envoyez le questionnaire déjà rempli à la Commission !

Genre
Prénom

Nom de famille

Adresse électronique

Âge
Ville

Pays

Publié dans EuropAgora | Laisser un commentaire

Réflexion : Crise et perspectives pour la social-démocratie européenne : 10 propositions pour une refondation

 

Le 19 octobre dernier, le groupe social-démocrate (S&D) au Parlement européen lançait #Together, un « processus conventionnel » de 18 mois, sorte de chantier des idées destiné à formuler des pistes pour réorienter l’Union européenne vers plus de justice et de durabilité[1]. #Together était accompagné d’un document stratégique interne rédigé par Gianni Pittella, président du groupe S&D[2]. Le même jour, Arnaud Leparmentier signait dans Le Monde un éditorial sur le « Requiem pour la social-démocratie »[3].

Le contexte est celui du Brexit, de la crise de l’Eurozone et de la crise migratoire auquel est venu s’ajouter le résultat des élections présidentielles américaines. Le programme de D. Trump, pouvant trouver un écho au-delà des Etats-Unis, s’attaque en effet à ce qui, depuis des décennies, constituait l’un des noyaux essentiels de toute perspective politique progressiste, à savoir : un certain équilibre entre classes moyennes et populaires d’une part, élites politiques et économiques d’autre part. Dans un pays – les Etats-Unis – marqué par des inégalités matérielles et symboliques considérables, une large partie des populations vulnérables se tourne désormais vers une offre politique visant à s’affranchir de toute référence à l’inclusion ou l’égalité. Derrière la virulence ou la grossièreté de la campagne se jouait une rupture sociologique et philosophique profonde. Nous y sommes.

Pourtant, sans cesser de condamner une offre politique qui fait le lit de tendances réactionnaires, on ne peut s’acquitter de notre tâche de militants progressistes européens en faisant fi des erreurs ou des limites de la social-démocratie elle-même. Ce n’est pas s’en détourner que dire qu’elle a failli ou que ses modes de perception du réel ont vécu : c’est au contraire une étape nécessaire pour réinventer collectivement ce qui doit l’être. Pour tous ceux qui, comme nous, pensent qu’il est urgent de refonder un tel référentiel politique, il est donc impossible de chercher à répéter le passé. Pour autant, il serait absurde d’ignorer d’où nous venons : malgré bien des limites, les déclinaisons multiples de cette famille politique ont permis de forger une certaine conscience de la paix entre les peuples, de la solidarité entre les groupes sociaux ou de la dignité des plus vulnérables, qui sont un legs inestimable.

Quand la crise se fait chaque jour plus profonde, l’heure ne doit pas être au basculement vers les extrêmes mais au rehaussement et à l’élargissement des idéaux qui ont su donner corps à une certaine culture de l’altérité. Ce que le philosophe allemand Axel Honneth appelle une « approche reconstructive » : revisitons ce qu’une culture politique a pu avoir de meilleur, même si sa mise en œuvre s’est avérée insuffisante, plutôt que de vouloir « faire péter le système », tentation nihiliste sur laquelle surfent les extrémistes de tous bords. Dans la période de doute que nous traversons, l’heure ne doit pas être au grand soir mais à la lucidité et à la refondation.

Il est vrai qu’à première vue, le diagnostic de l’état de la gauche dans les pays occidentaux paraît particulièrement critique. Prenons le cas des partis en Europe : ceux de la famille social-démocrate ont subi en 2016 des défaites amères en Espagne, en Croatie, en Irlande, en Lituanie, en République Tchèque, et les lendemains en 2017 ne sont enchanteurs ni aux Pays-Bas, ni en France ni en Allemagne. Seuls 7 des 28 Etats-Membres sont gouvernés par des partis sociaux-démocrates, le groupe S&D a clairement été relégué par le PPE à la deuxième place au Parlement européen (189 contre 216 Députés Européens) et la Commission Juncker ne comprend que 8 Commissaires socialistes sur 28 membres. La famille social-démocrate européenne compte peu de leaders charismatiques disposant d’une stature et d’un avenir potentiel européens – ne viennent à l’esprit que Martin Schulz, Federica Mogherini ou, peut-être, Paul Magnette. Le Parti Socialiste Européen (PSE) reste quant à lui très peu audible et a entamé un processus de renationalisation interne qui, de fait, privilégie le plus petit dénominateur commun entre partis nationaux. Les velléités de vitaliser le PSE par un militantisme de base ont été reportées aux calendes grecques. Au niveau national, des partis comme le Labour et les Partis Socialistes français et espagnol sont traversés par de profondes déchirures internes.

Ce diagnostic critique est-il la résultante d’évolutions sociologiques plus profondes qui condamneraient à terme la social-démocratie européenne ? C’est ce qu’affirme Gérard Grunberg, directeur de recherche émérite CNRS à Sciences Po et spécialiste de la gauche : « La social-démocratie ne parvient plus à tenir ensemble les différentes composantes qui ont pu en faire une force populaire puissante et capable de gouverner au cours des dernières décennies. Gouverner dans le nouveau contexte de la mondialisation est de plus en plus difficile pour des partis dont la légitimité se fondait sur une redistribution croissante et la réalisation du plein-emploi. Classes moyennes et classes populaires divergent désormais, menaçant la structure même de la social-démocratie. »[4]

Deux problèmes majeurs méritent d’être soulignés ici. Le premier tient à la conception exclusivement redistributive de la solidarité qui a prévalu tout au long de l’histoire de la social-démocratie. Dans une période de croissance nationale soutenue, traversée par des risques sociaux importants mais standardisables (chômage, santé, vieillesse, etc.), cette approche avait beaucoup de sens. Elle a permis d’opérationnaliser la solidarité et d’en faire, à l’échelle nationale, un levier majeur de la vie commune. Mais dans des économies de services globalisées et numérisées, où les gains de productivité stagnent, où les capitaux jouent des frontières nationales, où les risques sociaux et environnementaux se diversifient, une telle approche est devenue insuffisante.

Elle ne parvient plus à rendre compte des problèmes vécus par les travailleurs – voire, plus largement, par l’ensemble des populations à risque. Elle conduit à accroître constamment le périmètre de la sphère marchande, puisque c’est de cet accroissement que dépend le prélèvement des ressources nécessaires au financement de la solidarité. Enfin et surtout, elle ne parvient plus à éduquer les comportements sur le long terme. A force de penser la solidarité sur un mode redistributif, la social-démocratie a occulté l’enjeu éducatif qui devait être le sien. La solidarité ne se résume jamais à un montant d’allocations, fût-il généreux. Elle commande une transformation en profondeur des comportements et des choix collectifs. C’est vrai pour les nouveaux risques du travail – que serait une prime de burn-out ? C’est encore plus vrai pour l’acquisition de modes de vie écologiquement soutenables. Face à la finitude des ressources naturelles, une révolution du quotidien s’impose : y sommes-nous prêts ?

Mais il y a un second aspect, tout aussi névralgique. La social-démocratie européenne souffre du fait que les questions socio-économiques, ses domaines d’expertise et de compétence reconnus, ne figurent plus parmi les premières préoccupations des Européens. Selon la dernière enquête Eurobaromètre du printemps 2016[5], lorsqu’on interroge les citoyens sur leurs principales préoccupations, l’immigration demeure en tête des problèmes auxquels l’UE doit faire face (48 %, – 10). Le terrorisme (39 %, + 14) reste le deuxième élément le plus fréquemment cité, un chiffre en très forte hausse depuis l’enquête précédente, réalisée à l’automne 2015. Il arrive loin devant la situation économique (19 %, – 2), l’état des finances publiques des États membres (16 %, – 1) et le chômage (15 %, – 2). Derrière cette « nouvelle » hiérarchie de priorités se cache, en réalité, une série de questions que la social-démocratie n’a jamais su prendre au sérieux : celles qui concernent son rapport à la culture, au sens large du terme. Par-là, il ne faut pas entendre seulement la référence aux arts – bien que cela demeure essentiel –, mais le fait que toute dynamique socio-économique soit elle-même inscrite dans des rapports de sens, des rapports sociaux porteurs de significations profondes pour la vie en société.

Cela concerne aussi bien les manières de résister à la violence, les relations hommes-femmes ou la place du religieux dans un monde sécularisé que l’ouverture aux autres cultures, l’expérience de la vulnérabilité ou l’horizon d’un mieux-vivre pour tous. Pendant trop longtemps, l’idée que le travail productif servait de « grand intégrateur » a masqué les enjeux propres à ces questions. Mais une telle dissimulation est aujourd’hui devenue intenable. Ces enjeux culturels réclament, à leur tour, des réponses spécifiques. Des réponses qui se résument pas à de « simples coups de menton » mais mobilisent des processus de négociation analogues à ceux qui ont longtemps servi de support au dialogue social. En d’autres termes, les défis culturels exigent de reconstruire des acteurs et des institutions à la hauteur des défis, ce que la social-démocratie n’a jamais su élaborer. Mais là encore, y sommes-nous prêts ?

Alors, ce référent politique tant décrié vit-il une crise d’agonie ? Nous ne le pensons pas. Sans invoquer, comme Henri Weber, directeur des études auprès du Premier secrétaire du Parti socialiste français, sa seule capacité de résilience[6], nous sommes convaincus qu’une refondation de la social-démocratie est possible, à condition de ne pas s’en tenir à faire renaître le passé mais à poser les jalons pour réinventer une social-démocratie européenne pour le XXIe siècle.

Par définition, cette réinvention ne peut pas se limiter à préserver une grande œuvre nationale, à travers le développement des « services publics administrés », la « réduction uniforme du temps de travail sur le territoire national », ou encore une conception jacobine de la loi, qui verrait dans celle-ci la concrétisation systématique de l’intérêt général. Si le développement d’une offre de services publics ou la diminution du temps de travail demeurent des enjeux de premier plan, il s’agit non seulement de réinventer des contenus, mais de changer d’échelle – concrètement de s’inscrire délibérément dans un cadre européen, tout en réaffirmant la hiérarchie des normes à l’échelle nationale ou l’ouverture de processus de négociation plus décentralisés, à l’échelle des territoires ou des bassins d’emploi par exemple. Car l’avenir de la social-démocratie et celui de l’Europe sont inextricablement liés. L’une a été en grande partie le fruit de l’autre ; l’une et l’autre sont dans l’obligation politique et morale de produire de nouveaux espoirs pour redonner du sens à l’action politique, légitimer l’action régulatrice et ouvrir la voie à de nouvelles manières de « se relier » mutuellement. Aucun des grands défis politiques actuels – ni la régulation de la finance, ni l’éradication du terrorisme, ni la maîtrise des flux migratoires, ni l’intégration des minorités, ni la lutte contre le réchauffement climatique – n’a de solution nationale.

Alors, que faire ? Voici 10 propositions pour une refondation :

  1. Exercer un droit d’inventaire sur les erreurs passées de la social-démocratie européenne doit être le point de départ du processus de refondation. Il ne suffit pas de rejeter sur les forces néolibérales et conservatrices la responsabilité de la crise, voire de la situation actuelle dans son ensemble. Le projet proposé par la social-démocratie doit redevenir positif avec un projet commun pour améliorer notre société au profit du plus grand nombre dans un contexte où l’individualisation de nos sociétés a nourri des intérêts personnels souvent contradictoires. Il est intéressant que le document stratégique de Gianni Pittella s’essaie à cet exercice trop rare d’autocritique : oui, la famille social-démocrate a échoué à établir une nouvelle gouvernance mondiale de la globalisation dans les années 90 et, oui, la gauche a trop souvent échoué à apparaître comme alternative claire aux politiques de la droite. A tel point qu’aujourd’hui le clivage politique majeur risque de ne plus être celui de la gauche et de la droite mais de l’ouverture sur le monde ou du repli national.
  1. Ce droit d’inventaire doit aller de pair avec un langage de vérité, au moment des élections européennes en particulier. Il est contre-productif de promettre des « lendemains qui chantent » et une « rupture avec le passé » lorsque les sociaux-démocrates ont une responsabilité directe dans le bilan de la Commission européenne sortante – pour mémoire, ils y représentaient un bon tiers des Commissaires – ou celui du Parlement européen – où l’écrasante majorité des textes est adoptée dans des constellations de coalition avec le soutien des députés européens du groupe S&D. Si rupture il doit y avoir, elle doit se faire vis-à-vis de la tendance à une renationalisation des politiques européennes, que l’on voit s’opérer à tous les niveaux : au niveau des partis politiques européens à travers la recherche de consensus sur base d’un plus petit dénominateur commun et l’octroi de fait de droits de veto aux partis nationaux ; par l’affirmation de la prééminence politique du Conseil Européen sur la Commission ; par le recours à une base intergouvernementale pour la création de mécanismes de gestion de crise ; par le moins-disant budgétaire pour les politiques de l’UE.
  1. Il est illusoire de céder à la tentation de construire des majorités à travers des alliances par défaut. La famille social-démocrate est aujourd’hui, clairement, la deuxième formation politique en Europe : elle doit prendre acte de ce qui est le résultat des urnes. Dans ce contexte, elle a tout intérêt à se restructurer sur des bases politiques et programmatiques saines plutôt que de chercher à  « grappiller » des alliés pour des considérations tactiques incertaines. En clair, le prix à payer pour garder des formations à relents xéno- et homophobes au sein de la famille socialiste, comme le parti SMER du premier ministre slovaque Fico, met en évidence une absence grave d’homogénéité et de cohérence éthiques au plus haut niveau de l’appareil politique européen. Une telle situation prive la famille socialiste de toute légitimité dans ses attaques sur les régimes liberticides en Pologne et en Hongrie et se paiera dans les urnes européennes en 2019. La constance dans les principes et les valeurs est toujours payante en politique.
  1. Concrétiser la promesse de l’Europe sociale est devenu une question vitale pour cette famille politique. En la matière, une social-démocratie européenne renouvelée doit être en mesure de prendre des engagements forts mais réalistes. Au lieu de promettre tous les 5 ans, en amont des élections européennes, le grand soir d’une Europe sociale dont la déclinaison concrète est elle-même très disputée entre partis socialistes nationaux, il vaudrait mieux qu’elle défende l’idée que  « la mission sociale de l’Union (doive) (…) s’exprimer dans tous les domaines d’activité de l’Union comme une véritable politique horizontale »[7]. Dits en d’autres termes : plutôt que de promettre par exemple un futur traité social qui reprendrait pour l’essentiel des dispositifs déjà existants mais non appliqués – et dont le niveau d’ambition se trouverait forcément limité par l’exigence d’unanimité au niveau du Conseil Européen, il est beaucoup plus prometteur de proposer une panoplie de mesures de progrès social dont, par exemple, la création d’une allocation chômage européenne, d’une agence européenne d’inspection du travail ou l’introduction d’une « règle d’or pour l’investissement social », permettant d’exclure certaines dépenses sociales du calcul du déficit public ou de fixer des seuils minima d’investissements sociaux. Parallèlement, la lutte contre le dumping social, le rapprochement des fiscalités qui pèsent sur l’activité économique et l’effort pour penser une redistribution efficace face à la financiarisation du capitalisme doivent demeurer des priorités et être promues par un combat continu, tenace et déterminé.
  1. Dans cette perspective, il est essentiel de se redonner une philosophie du travail face à la mondialisation des capitaux. Les politiques nationales de lutte contre le chômage sont parvenues à hisser celui-ci au rang de priorité absolue. Ces politiques ont cependant donné lieu à des résultats mitigés et ont abouti à ce que le travail soit le grand oublié des « ajustements » nécessaires aux améliorations de l’emploi. En faisant abstraction de l’une des expériences centrales de la vie en société, dans laquelle chaque citoyen découvre le prix de l’inégalité et de l’injustice, ces politiques ont opposé le travail et l’emploi au lieu de les articuler.

Surtout, elles ont abandonné à la seule tradition libérale l’enjeu politique majeur que constitue la capacité à qualifier ce qui est socialement juste. Ces dernières années, « le mérite individuel » s’est substitué à tous les efforts mis en œuvre par les politiques sociales (à l’échelle des Etats) ou les politiques de ressources humaines (à l’échelle des entreprises) pour énoncer ce qui devait être ou non accepté dans le monde du travail. Pourtant, les problèmes ne manquent pas…Travailleurs pauvres, emplois précaires, inégalités salariales, mais aussi « burn-out », situations à risque, exclus de l’intérieur : autant de défis qui auraient dû donner lieu à un vaste ensemble d’initiatives de la part de la famille social-démocrate, alors que l’OIT s’apprête à « fêter », en 2019, un siècle d’existence.

Il est vrai que, dans ce domaine, les injustices se sont largement diversifiées. Il est également vrai que les acteurs syndicaux sont trop souvent pris en étau, entre le déséquilibre des forces à court-terme et l’absence de vision à long-terme. Il vrai, enfin, que la double révolution numérique et individualiste a bouleversé des pans entiers de la vie de travail. Mais de telles secousses doivent mener à tout… sauf à l’inaction. Travail décent, travail digne, travail plus juste : des qualificatifs existent aujourd’hui, qui disent tous l’urgente nécessité de reconstruire une vision pour le travail humain, dans l’économie de services globalisée et numérisée qui est désormais la nôtre.

  1. De même, il importe de prendre à bras-le corps le défi écologique, en inscrivant la soutenabilité dans tous les domaines de la vie commune, face aux enjeux de la vulnérabilité des personnes, des ressources et des territoires. La famille social-démocrate européenne ne peut se limiter à défendre une approche quantitative de la croissance – laquelle repose sur le seul indicateur du PIB, la réduction des déficits et une approche productiviste de l’économie –, en particulier lorsque la croissance mesurée est de moins créatrice d’emplois durables. De fait, il importe de comprendre que la croissance n’est pas seulement un taux mais un type d’orientation économique déterminé par les politiques publiques[8]. Au vu de la réticence de la Commission Européenne à proposer une stratégie de développement à long terme qui prendrait la succession de la Stratégie Europe 2020, une opportunité programmatique se dessine sur ce sujet pour la famille social-démocrate – du type « Nouvelle Europe » avec un plan quinquennal 2020-2025 fondé sur des priorités politiques claires et un budget européen à la hauteur des enjeux.

Après avoir trop longtemps fermé les yeux sur la prédation des ressources naturelles accompagnant le développement capitaliste, il s’agit désormais d’organiser une double révolution : technologique, dans les capacités d’extraction et de traitement d’énergies non-polluantes ; comportementale, dans la capacité à générer des activités sobres en consommation de matière, mais riches en services relationnels. Plus largement, l’horizon est bien de formuler un projet de civilisation qui, face à l’accélération généralisée des rythmes et des flux, érige la soutenabilité en principe de réorganisation des relations sociales dans tous les domaines de la vie en commun.

La notion de « travail soutenable » peut être un point d’appui intéressant. Mais d’autres perspectives suscitent également l’intérêt, à l’instar de celle de « care ». Contrairement à bien des stéréotypes, « prendre soin » n’ouvre ni sur un affaiblissement de la solidarité ni sur une société naïvement protégée de l’affrontement entre groupes sociaux. Il s’agit plutôt de situer l’exigence de solidarité aux extrêmes de la vie humaine (naissance, grand âge, mais aussi handicaps, etc.) pour résister, d’une part, à la « marchandisation de l’humain », que le capitalisme est tenté de mettre en œuvre dès lors qu’il s’adresse aux plus faibles, mais aussi, d’autre part, à sa bureaucratisation, devant un Etat social essentiel à la cohésion sociale mais incapable de prendre en charge l’altérité au quotidien.

Il s’agit également d’attaquer les inégalités à leur source, en ne se limitant pas à une solidarité uniquement compensatrice et en donnant une véritable égalité des chances aux premiers concernés par ces questions. Le développement d’une politique de « care » suppose d’appuyer les activités de soutien entre personnes, mais cela n’exclut pas la création de nouvelles institutions.

  1. Investir plus clairement des thématiques qui ne sont pas les spécialités originelles de la social-démocratie européenne. Celle-ci doit être en capacité d’arrêter des positions clairement identifiables dans des domaines comme la sécurité ou les migrations, pour lesquels elle a pu, dans le passé, laisser un monopole ou chercher à imiter d’autres partis, en règle générale de droite[9]. Sur ce terrain, elle a trop souvent donné l’impression de céder aux modes sans avoir de doctrine propre, en matière de sécurité, de défense européenne ou de renseignement, mais aussi de défense des droits fondamentaux face à la mondialisation néolibérale ou de de place de l’Europe dans la géopolitique internationale.

On n’oubliera pas, à cet égard, la véritable « leçon de choses » donnée par Angela Merkel au plus fort de la crise des réfugiés, quand elle engageait son pays dans une politique d’accueil courageuse, à l’heure de la montée de l’extrême droite en Allemagne et en Europe. Celle qui, aujourd’hui encore, refuse d’envisager un assouplissement du pacte de stabilité, une mutualisation des dettes nationales ou une politique d’investissement dans les infrastructures publiques à l’échelle de l’Union. Plutôt que de se lamenter de la relative aphonie des sociaux-démocrates au niveau européen sur ce sujet, il faut prendre cette situation comme un événement et un problème : saluer le courage de certains décideurs dont on ne partage pas les idées, mais s’interroger sur la crise de la parole publique dans les enceintes de la social-démocratie, devenue peureuse ou ignorante de ses propres idéaux.

Il est vrai que, dans ces domaines, une clarification s’impose entre la réaffirmation de « principes » et la formation de compromis concernant leur « mise en œuvre ». Nul Etat membre n’est en mesure de répondre, à lui-seul, aux conséquences migratoires des conflits du Proche-Orient – l’Italie et l’Espagne le savent mieux que d’autres. Mais une telle difficulté ne peut avoir pour conséquence de renoncer aux principes constitutifs d’une tradition politique. Face aux Printemps arabes et à la guerre en Syrie, la voix de la social-démocratie européenne a tremblé, quand elle aurait dû parler avec force et constance. En la matière – faut-il le rappeler ? –, le principe, c’est l’accueil. La négociation porte sur les moyens, les conséquences, la mise en œuvre. La social-démocratie européenne s’est enlisée en transigeant sur l’essentiel.

  1. « Se ré-institutionnaliser » : organiser la régulation des nouveaux champs économiques comme marqueur de l’action politique. L’idéologie social-démocrate a toujours reposé sur la foi dans la capacité des autorités publiques à réguler l’activité économique. Aujourd’hui le défi à relever est d’apporter des réponses de régulation dans l’économie circulaire, l’industrie 4.0, etc. Certes, l’excès de réglementation peut tuer l’innovation mais l’absence de mesures réglementaires génère elle-même de l’incertitude, susceptible d’inhiber les investissements et le développement du secteur. En règle générale, tout cela aboutit au moins-disant en termes de droits sociaux et de droits du consommateur. Il est d’ailleurs saisissant, d’un point de vue social-démocrate, de faire le parallèle entre le coût de la non-régulation et le coût de la non-Europe dans ces nouveaux champs économiques[10].

Pour relever le défi, la social-démocratie européenne doit redéfinir les cadres institutionnels de l’activité économique mondialisée : traités internationaux valorisant les personnes ou les Etats plus que les biens et services marchands, Etats sociaux visant à organiser la continuité des revenus et des droits face à la discontinuité des activités, développement d’un impôt (Piketty) ou d’une allocation (Van Parijs) universels en vue de réduire les inégalités massives, politiques d’investissement dans les infrastructures publiques devant permettre aux populations les plus discriminées d’accéder à des biens communs de proximité, etc. Sur tous ces aspects, une social-démocratie renouvelée doit faire preuve d’ingéniosité et de réalisme, en encastrant les échanges marchands dans des dispositifs qui, sans les étouffer, les réinscrivent dans la perspective d’une société plus juste.

  1. Se « désinstitutionnaliser » : s’appuyer sur les résistances et l’inventivité des mouvements sociaux pour agir politiquement. De par sa longue participation à l’exercice de gouvernement à tous les niveaux – européen, national, régional et local –, la famille social-démocrate souffre d’être identifiée au pouvoir en place. Un élu ou un candidat social-démocrate apparaît désormais plus comme l’incarnation du « système » que comme le vecteur de revendications de la part de ceux qui souffrent d’injustices sociales ou qui dénoncent des insuffisances de la démocratie représentative[11]. Il est pourtant urgent de trouver les réponses face à ce sentiment diffus de « dépossession » (Gianni Pittella, Judith Butler), de plus en plus prononcé dans l’ensemble des sociétés européennes et sur lequel l’extrême droite surfe allégrement. Pour ce faire, elle doit être moins dans la défense des « bilans » » et davantage se mettre en capacité de proposer des perspectives en offrant une vision à mettre en œuvre, non seulement à travers les programmes de parti ou les structures de l’Etat, mais aussi, de façon plus décentralisée, à travers les dynamiques associatives, la négociation collective et les autres processus participatifs issus des mouvements sociaux, sur lesquels la social-démocratie reposait antérieurement.

Sans idéaliser ces derniers, on doit prendre la mesure de la transformation socio-culturelle qui s’opère sous nos yeux : le combat pour la régulation de la mondialisation commence là, l’inventivité aussi. Pour autant, rien ne se serait plus dangereux que d’opposer société civile et institutions : les deux sont absolument nécessaires à une action politique transformatrice. Le rôle d’une social-démocratie repensée est de connaître ces initiatives, d’en saisir la portée normative et de leur donner le cadre institutionnel nécessaire pour qu’elles permettent de faire aboutir les transformations nécessaires.

Se « désinstitutionnaliser » signifie donc, dans la continuité des travaux de sociologues comme l’Allemand Wolfgang Streeck ou le Portugais Boaventura de Sousa Santos, d’accepter et de mettre en œuvre un changement de logiciel dans l’offre et la communication politiques. L’enjeu pour les gauches d’aujourd’hui n’est plus de convaincre de l’inéluctabilité (cette fameuse « Alternativlosigkeit »[12] chère à Angela Merkel) de telle ou telle orientation choisie en invoquant l’autorité de « l’expertise technocratique ». Il s’agit certes toujours de produire de nouvelles alternatives mais aussi de reconnaître les alternatives qui existent déjà dans la société. Selon les mots de Boaventura de Sousa Santos, « il faut une pensée alternative sur les alternatives ».

  1. Reste l’horizon même du projet politique européen, qu’il est devenu urgent de reformuler pour résister aux tentations ultra-conservatrices de « récit national », dont on voit mal à quoi elles peuvent mener sinon à une concurrence toujours plus poussée des cultures et des nations. La paix – au sens de l’absence de conflit armé qui a prévalu en Europe – a longtemps formé l’épine dorsale du discours européen. Mais elle était elle-même une forme historique particulière : dans le contexte de la guerre froide, elle s’était forgée sous la menace du bloc soviétique, tout en étant travaillée par l’enjeu de l’égalité que, de son côté, le communisme cherchait à déployer à grande échelle par l’entremise de l’Etat totalitaire. Sa mise en œuvre allait de pair avec le développement des Etats-providence et l’existence de solidarités instituées qui, rétrospectivement, honorent la social-démocratie européenne. Or, près de trois décennies après la chute du Mur de Berlin, alors que la transmission mémorielle des guerres mondiales s’affaiblit, cette forme historique a vécu. Dire cela ne doit pas conduire à en sous-estimer les acquis considérables. Mais pour les nouvelles générations, ce « discours de la paix » ne porte plus, quand il n’est pas devenu contre-productif.

De fait, la violence a pris de nouvelles formes, à fois plus éruptives (le terrorisme djihadiste en est l’expression même) et plus diffuses (ces violences internes à nos modes d’organisation dont on ne parle plus). Parallèlement, la solidarité est en panne et le cynisme fait son grand retour dans l’espace public. Pourtant, la créativité et l’intelligence collectives n’ont sans doute jamais été aussi patentes, à tous les étages de la société.

Il est donc temps pour l’Union européenne, non pas d’édicter un projet en se référant à des « valeurs abstraites » que le réel contredit quotidiennement, mais d’accompagner cette reformulation de notre rapport au monde. La paix doit être réécrite dans le sens d’une résistance aux différentes formes de violence, à commencer par celles qui font mourir des milliers de réfugiés aux portes de l’Europe. La solidarité doit contribuer à forger de nouvelles régulations, mais aussi de nouvelles coopérations avec les plus vulnérables. Devant le grand retour du cynisme, l’intelligence doit œuvrer au développement de sociétés ouvertes, permettant de faire de la pluralité des modes de vie, des cultures et des formes économiques un véritable patrimoine collectif.

Cet effort implique la capacité de penser hors des cadres institutionnels existants ou, en tout cas, de ne pas mettre les seules questions institutionnelles au cœur de la réflexion social-démocrate. Au niveau européen, cela devrait conduire à soutenir, plus que jamais, l’exigence d’égalité des citoyens européens « par-delà les frontières nationales » et, plus fortement encore, l’ambition de construire une « république européenne »[13]. Qui sait si s’engager dans cette voie n’aurait pas bien plus d’effets qu’on ne le pense ? A nos yeux, elle devrait permettre à la social-démocratie d’être – enfin ? – en phase avec une tendance majoritaire dans l’opinion publique : selon le sondage Eurobaromètre précité, deux tiers des Européens (66 %, + 2) se sentent citoyens de l’UE. Ce sentiment est partagé par une majorité de répondants dans 26 États membres. L’histoire européenne peut prendre un autre cours que celui de la désintégration et de la renationalisation. Dans la crise profonde que nous traversons, il n’est pas trop tard pour agir.

par #LosAmigosenEuropa – Cercle de réflexion progressiste sur l’avenir de l’Europe et des gauches,
basé à Bruxelles @EuropeGauche https://europegauche.wordpress.com/

[1] http://www.socialistsanddemocrats.eu/europe-together

[2] http://politi.co/2dnCc7I

[3] http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/10/19/requiem-pour-la-social-democratie_5016344_3232.html#szMvjgIHxeAO5msU.99

[4] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2016/10/17/gerard-grunberg-la-candidature-meme-de-francois-hollande-est-en-question_5014981_4854003.html#OHFKcX2D6q7AzWDU.99

[5] http://ec.europa.eu/COMMFrontOffice/publicopinion/index.cfm/Survey/getSurveyDetail/instruments/STANDARD/surveyKy/2130/

[6] http://www.lopinion.fr/edition/politique/henri-weber-ps-social-democratie-est-force-extraordinairement-111212

[7] Fernandes Sofia et Rinaldi David, « L’Europe sociale existe-t-elle ? », Institut Jacques Delors, 07 Septembre 2016. http://www.institutdelors.eu/011-23531-L-Europe-sociale-existe-t-elle.html

[8] Michael Jacobs & Mariana Mazzucato (éd.), Rethinking Capitalism, Political Quarterly Monograph series, Juillet 2016

[9] Bröning Michael, « How the European Left Can Survive », Politico, 27 octobre2016

[10] Service de recherche du Parlement européen, The Cost of Non-Europe in the Sharing Economy (Le coût de la non-Europe dans l’économie du partage) http://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/STUD/2016/558777/EPRS_STU%282016%29558777_EN.pdf

[11] Raed Saleh, “Von der Volkspartei zur Staatspartei“, Der Tagesspiegel, 27 septembre 2016

[12] Von Altenbckum Jasper, « Politik als Kampagne », Frankfurter Allgemeine Zeitung, 22 octobre 2016, p.1

[13] http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2016/06/28/une-republique-europeenne-pour-redonner-de-l-elan-a-une-democratie-europeenne_4959786_3232.html > Ulrike Guérot, Warum Europa eine Republik werden muss – eine politische Utopie, Dietz Verlag, Bonn, 2016

Publié dans EuropAgora | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

Der tiefschwarze Kandidat

ZeitNähe zu Putin, mehr Europa, Atomkraft: Der französische Präsidentschaftskandidat Fillon wäre für Deutschland ein zum Teil unangenehmer Partner. Der Mann mit den roten Socken und tiefschwarzen Überzeugungen könnte auch in Europa eine Menge verändern: François Fillon, frisch gekürter Präsidentschaftskandidat der französischen Republikaner, hat ein ultraliberales Programm: Er will 500.000 Beamtenstellen streichen, Steuern für Unternehmen senken und die Arbeitszeit im öffentlichen Dienst von derzeit 35 Stunden auf 39 Stunden erhöhen. Der Hobby-Rennfahrer verkauft sich als radikalen Reformer. 

Publié dans EuropAgora | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

UKIP ‘used EU cash’ for Brexit campaign

EuractivUKIP allegedly used almost half a million euros of EU cash to pay for its Brexit and election campaigns, in breach of European Parliament rules. According to the audit, taxpayers’ money was used to pay for polling before the UK general election, and the EU referendum by the Alliance for Direct Democracy in Europe, which is dominated by UKIP.

Some other parties have been asked to return funds, most of the time because cash went unspent. But none have been hit with a bill of similar size.

A decision will be made on Monday on whether to force the party to pay back more than €170,000. An ADDE spokesman said the party was prepared to go to court.

The secrecy and complexity of European Parliament funding and expenses rules create a culture that encourages the kind of abuse that UKIP is accused of.

The Parliament spends nearly €40 million a year on 751 MEPs’ “general expenditure allowances”, payments they receive on top of their €96,240 a year salaries.

The allowance is roughly €4,299 per month per MEP in 2014. It is meant to cover the costs of offices, telephones and computers, but israrely, if ever, scrutinised.

Last year, a group of 29 journalists took the European Parliament to court in a bid to make MEPs’ expenses more transparent.

Simply by turning up to work and signing in, MEPs can pocket €304 a day, without having to show as much as a receipt.

After dealing with the UKIP funding scandal, the Parliament should bring its own house in order and introduce some proper standards of financial transparency and accountability.

By James Crisp

Publié dans EuropAgora | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

Schulz gives up European Parliament to return to politics

EuractivHe will not seek a third term at the helm. Instead he will run for the Bundestag. A top job in a future Merkel coalition beckons. The decision has weakened Jean-Claude Juncker’s grip on the European Commission presidency. Juncker made no secret of his desire for his old pal to stand again. He even threatened to quit if Schulz skipped town, according to reports later strenuously denied by his officials.

Schulz had backed Juncker for Commission president. Juncker backed Schulz. They both backed Donald Tusk, and Tusk backed both of them.

In many ways it was the classic EU stitch-up. The European People’s Party and Socialists and Democrats working hand in glove andbehind closed doors to defang any dissent.

Supporters of such grand coalitions claim they are necessary to stop so-called populists derailing the European project.

Well, the populists are doing pretty well at the moment. Possibly because the two biggest European political parties are in bed with each other.

I don’t want my socialists and my conservatives agreeing on everything. I want them at each other’s throats, fighting for what they are meant to be standing for.

But that didn’t happen under Schulz. Instead you had a gaggle of neutered MEPs swallowing down whatever was precooked by Martin and Jean-Claude.

Today, Juncker said his good relationship with Schulz had led to a harmonious relationship between the Commission and Parliament.

It led to a whipped, tamed parliament that could, at best, make a show of scrutiny before falling into line.

Despite what some in Brussels believe, people aren’t stupid. They know sham democracy when they see it.

By James Crisp

Publié dans EuropAgora | Marqué avec , | Laisser un commentaire

« Et si on arrêtait les conneries… ? » Daniel Cohn-Bendit – 14 décembre 2016 19h à Nantes – STEREOLUX

Mail-Invitations.png

« Et si on arrêtait les conneries… ? » Le livre publié, il y a quelques mois, par Daniel Cohn-Bendit, sert de toile de fond à cette nouvelle conférence-débat organisée par le « Collectif du 30 novembre » qui réaffirme plus que jamais sa conviction qu’il appartient désormais à la société civile de s’emparer de cette réflexion.

Cette soirée sera également l’occasion de retrouver Pape DIOUF, journaliste et exprésident de l’OM, mais aussi témoin engagé de ce système politique à bout de souffle, qui a proposé une alternative citoyenne aux Marseillais en s’appuyant sur des forces vives de la société civile, lors des municipales 2014 à Marseille, avec les listes « Changer la donne ». Son expérience et son regard seront des contrepoints précieux au propos de Daniel COHN-BENDIT.

Rassira El Moaddem, Directrice du Bondy Blog, animera cette conférencedébat.

LE COLLECTIF 3011

Pour toute information relative à cet événement : collectif3011@gmail.com

Entrée Libre

 

 

Publié dans EuropAgora | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

Was bedeutet der Trump-Sieg für deutsche Arbeitnehmer?

DGBWie wirkt sich der Wahlsieg von Donald Trump auf die deutsche Wirtschaft und damit auf Arbeitsplätze in Deutschland aus? Welche Branche könnte besonders betroffen sein? Was bedeutet ein US-Präsident Trump eigentlich für TTIP?  Und warum kam die wohl zynischste Reaktion auf Trumps Wahlsieg von einem Heidelberger Zementhersteller? Wir haben die Antworten.

Eine Reihe von Experten sieht die Wahl Donald Trumps mit Blick auf die wirtschaftliche Entwicklung äußerst kritisch – weil der neue US-Kurs massiven Einfluss auf die Weltwirtschaft und damit auch auf deutsche Arbeitsplätze haben könnte.

« …weil der neue US-Kurs massiven Einfluss auf die Weltwirtschaft und damit auch auf deutsche Arbeitsplätze haben könnte. »

Prognosen nach unten korrigieren – « Risiko für die Weltwirtschaft »

Das Institut für Makroökonomie und Konjunkturforschung (IMK) meint, Trumps Wahlsieg « könnte auch die Wachstumsaussichten für die deutsche Wirtschaft deutlich verschlechtern ». Laut Konjunkturbarometer des IMK ist die Wahrscheinlichkeit für einen wirtschaftlichen Abschwung in Deutschland zwar leicht gesunken – allerdings lag der Stichtag für die Konjunkturdaten vor der US-Wahl: Die Reaktionen und möglichen Folgen von Trumps Sieg konnten also noch nicht in die Prognose einfließen.

« Wenn Donald Trump wirklich das umsetzt, was er im Wahlkampf angekündigt hat, werden wir unsere Prognosen signifikant nach unten korrigieren müssen », erklärt IMK-Direktor Gustav Horn. Auch IMK-Experte Peter Hohlfeld ist überzeugt: « Sollte Donald Trump tatsächlich die protektionistischen Maßnahmen ergreifen, die er im Wahlkampf angekündigt hat, werden die USA zum Risiko für die weltwirtschaftliche Entwicklung. »

DGB fordert nach Trumps Sieg einen Kurswechsel in der deutschen Wirtschaftspolitik

Der DGB hofft, dass Trumps Wahlsieg in Deutschland für ein Umdenken sorgt. Es brauche « einen Kurswechsel in der Wirtschaftspolitik. Vor allem bei der Elite der ökonomischen Zunft », heißt im DGB-klartext (Ausgabe 42/2016). Der Trump-Sieg habe gezeigt, « welche Folgen es haben kann, wenn Politik Abstiegsängste und soziale Probleme vernachlässigt ». Der DGB-klartext kritisiert vor allem den Sachverständigenrat zur Begutachtung der gesamtwirtschaftlichen Entwicklung (SVR) – die so genannten Wirtschaftsweisen. Diese hatten in ihrem kürzlich vorgelegten Jahresbericht erneut unverändert neoliberale Positionen gepredigt. Unter anderem forderten die Wirtschaftsweisen weiter staatliche Sparpolitik, eine Ausweitung des Niedriglohnsektors und die « Rente mit 71 ». Lediglich Peter Bofinger sprach sich als einziger « Wirtschaftsweiser » gegen diesen neoliberalen Mainstream aus, lobt der DGB-klartext.

Bofinger: Unsicherheit nach Wahl « Gift für die Weltwirtschaft »

« Wirtschaftlich ist das größte Problem nun die große Unsicherheit », sagte Bofinger dem Tagesspiegel. « Trump ist unberechenbar. Man weiß nicht, was er politisch, was er ökonomisch nun tatsächlich vorhat. Für die Weltwirtschaft ist diese Unsicherheit Gift. » Zumindest in diesem Punkt stimmt Bofinger mit Michael Hüther, Direktor des Instituts der deutschen Wirtschaft Köln (IW), überein: Die « unabsehbare Ungewissheit » nach dem Ergebnis der US-Präsidentschaftswahl belaste Finanzmärkte und Investitionen, so Hüther auf Twitter. « Wenn Trump zu machen versucht, was er im Wahlkampf so ziemlich wirr und zusammenhanglos erzählt hat, dann heißt das Abschottung, Isolation, Diskriminierung und explodierende Staatsverschuldung », meint Hüther gegenüber dem Tagesspiegel. « Die deutsche Wirtschaft wird nicht mehr so einfach auf die USA als Exportzielland Nummer 1 setzen können. »

Welche Branchen sind in Deutschland besonders vom Export abhängig?

Denn die USA sind für die deutsche Wirtschaft immer noch das größte Exportland: Deutschland exportierte 2015 Waren im Wert von 113,9 Milliarden Euro in die Vereinigten Staaten. Eine wirtschaftliche Abschottungspolitik der USA hätte also auch massive Folgen für die deutsche Wirtschaft. Zu den Haupt-Exportbranchen gehören in Deutschland die Automobil- und Fahrzeugindustrie, der Maschinenbau, die Elektroindustrie und die Optische Industrie sowie die Chemische und die Pharmaindustrie (siehe Grafik).

Deutsche Exporte 2015 nach BranchenGarfik: DGB; Daten: Statistisches Bundesamt

DAX-Konzern HeidelbergCement: « Das spült Geld in die Kassen »

Eine der zynischsten Reaktionen auf Trumps Wahlsieg gab es von einem deutschen DAX-Konzern-Manager: Bernd Scheifele, Vorstandsvorsitzender von HeidelbergCement, meint zwar auch, dass die Unsicherheit über den Kurs der USA kurzfristig Nachteile habe. Doch mittelfristig sei er « positiv gestimmt », so Scheifele. Denn HeidelbergCement ist als Zementlieferant auch in Arizona und Texas aktiv: Wenn Trump sein Wahlversprechen tatsächlich wahr macht, eine Mauer an der Grenze zu Mexiko zu bauen, winken dem DAX-Konzern volle Auftragsbücher.

Und wenn dann noch der Dollarkurs wegen der Unsicherheiten an den Finanzmärkten nach der US-Wahl steige, wäre das für HeidelbergCement aufgrund der Währungsgewinne positiv. « Das spült ordentlich in die Kasse », wird Scheifele etwa im Manager Magazinzitiert.

« TTIP hat keine Chance mehr »

Für das geplante transatlantische Freihandelsabkommen zwischen der EU und den USA dürfte Trumps Präsidentschaft allerdings das endgültige Aus bedeuten, meinen viele Ökonomen. TTIP habe « keine Chance mehr », so etwa IMK-Direktor Gustav Horn. Das sei aber « beileibe auch kein Schaden ». Auch der DGB lehnt TTIP in der vorliegenden Form ab. Der DGB-Vorsitzende Reiner Hoffmann hatte bereits Anfang September 2016 gesagt, er gebe « TTIP zum gegenwärtigen Zeitpunkt überhaupt keine Chance ». Das Abkommen sei « in der politischen Realität gescheitert ».

Publié dans EuropAgora | Marqué avec , | Laisser un commentaire

Greece : Strike on Thursday 24 November against more flexibility and flexible contracts on civil servants

EpsuDear Colleagues, Dear Friends,

Our Greek colleagues of Adedy will be on a 24h strike on Thursday 24 November. They are protesting the new measures to impose more flexibility and flexible contracts on civil servants.  

For more information please:www.epsu.org/article/solidarity-greek-civil-servants-general-strike-24-november

Our colleagues appreciate your message of support in English or your language: Adedy  adedyed@adedy.gr

Thanks for sending our colleagues a message of support.

In Solidarity,

Jan Willem Goudriaan

EPSU General Secretary

Publié dans EuropAgora | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire
%d blogueurs aiment cette page :